Le non constructible, le statut agricole
C’est clair, il devient de plus en plus difficile de construire une maison sur un terrain qui n’a pas été déclaré officiellement constructible. Le laxisme que l’on a pu voir en la matière dans le passé n’est plus de mise et l’application des réglementations empêche aujourd’hui toute improvisation. A moins de vivre dans un tipi ou une yourte, ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée, la libre installation d’un habitat sur un terrain n’est vraiment pas tolérée. Plus personne n’accepte la présence d’un petit cabanon dans un coin sauvage, essentiellement parce que nous ignorons comment se passer d’évacuation, d’adduction d’eau, de réseau électrique et de chemin d’accès, et parce que nous supposons que personne ne saurait y parvenir. C’est bien dommage car il est quand même facile de vivre dans une certaine autarcie sans nuire à quiconque. Pourquoi les citoyens ne pourraient ils pas se nicher où bon leur semble s’ils ne gênent personne, s’ils assument leurs besoins eux mêmes et que, responsables, ils se montrent capables de préserver l’environnement et d’avoir un comportement compatible avec une occupation durable des lieux ? Pourquoi cette liberté est elle perdue ?
Les personnes qui pensent pouvoir établir un mobil home ou une caravane près d’un petit bois acheté pas cher risquent fort d’être déçues. Même si on peut les déplacer, une municipalité peut refuser leur présence, elle en a le droit. Les seules constructions parfois autorisées ne doivent pas dépasser un mètre soixante dix de hauteur ni avoir plus de vingt mètres carres d’emprise au sol. Une dalle et même une cheminée de barbecue peuvent être interdites.
La solution du camping paraît actuellement la seule à peu près fiable pour s’installer dans un coin qui le mérite, bien que non constructible. Il s’agit donc d’obtenir l’autorisation d’exploiter un camping. On sera obligé de le faire fonctionner suivant des règles d’occupation et d’aménagement sanitaire bien spéciales. Une partie des emplacements réalisés pourra recevoir des mobil home ou des constructions légères, comme les Habitations Légères de Loisirs dont nous parlons au chapitre des Habitats Alternatifs.
Il serait intéressant de creuser des pistes pour parvenir à contourner certaines réglementations et aboutir à l’installation d’habitats totalement intégrés à un site naturel. Certes, personne ne veut voir s’installer des gens dans un Parc régional par exemple, mais n’y a t il pas moyen de créer de nouveaux hameaux, autonomes et non polluants, qui puissent échapper aux obligations locales d’urbanisme et servir de sites expérimentaux pour des solutions alternatives et écologiques ? Certaines mairies sont sensibles à l’installation coordonnée de nouveaux résidents porteurs d’un projet différent. Il faut que ce genre de partenariat se développe. Ce sont les maires qui semblent maintenant les gardiens des clés en matière d’urbanisme et ce sont eux qu’il faut solliciter et faire évoluer. Nous reviendrons à notre prochaine parution sur certains projets actuellement en cours et qui ouvriront peut être de nouvelles portes vers la liberté.
Par contre, pour ceux qui s’installent comme jeune agriculteur, tout change. Ils sont les chouchous des hommes politiques et on les autorise à construire à peu près n’importe où sur le territoire de leur exploitation. Ils se voient aussi octroyer des subventions très très importantes pour leur habitation. Qu’ils en profitent, parce que... ça changera parce que... ils ne sont plus la force électorale d’antan.

