L’organisation des repas
Si les choix concernant l’équipement et l’organisation d’une cuisine et d’une salle à manger reviennent le plus souvent à Madame, accentuant en principe l’aspect décoratif et chaleureux du lieu, cette touche très personnelle n’échappe pas à des règles de fonctionnalité importantes, puisque c’est x fois par jour que nous prenons nos repas, la chose se compliquant des horaires décalés des uns et des autres, en particulier des grands enfants. Prendre des repas en commun est une base de la vie familiale et sociale, d’évidence. Comment éduquer ses enfants sans débattre sans cesse des règles que nous nous donnons et de leurs paradoxes qu’ils s’empressent de relever ? De longues conversations autour de la table des repas ne seront jamais remplacées par des projections de cassettes au collège sur la sexualité, la toxicomanie ou la sécurité routière. C’est à la maison que revient d’être le lieu de l’éducation et à l’école celui de l’acquis de certains savoirs. Chacun son rôle, à condition que le logis aide réellement la famille à partager du temps et les activités quotidiennes.
À cet effet, beaucoup choisissent aujourd’hui une cuisine ouverte sur une salle à manger, appartenant elle même à un séjour. Toutes les pièces à vivre sont réunies en un grand ensemble qui facilite le partage des activités. Ainsi, bien souvent, la maman prépare le repas en compagnie des enfants faisant leurs devoirs. Ils pourront plus facilement confier leur vie personnelle à travers le récit de leur vie scolaire. Ainsi. le papa moderne pourra. un oeil sur le journal télévisé, passer un grand coup de balai général sous le regard attendri des fenunes de son foyer. Ainsi, le grand ado, pourra tenter d’intéresser tout le monde au Heavy Metal en passant à fond ses CD5 préférés sur la chaîne hifi du salon.
Cette organisation était naturelle autrefois puisque, comme nous l’avons vu, l’aménagement de la maison européenne a peu évolué depuis le néolithique et que, justement, tout se passait dans une grande pièce chauffée par la cheminée dormir, manger ou se laver. Plus tard, chambres et toilettes furent construites à part mais les grandes cuisines, autour de larges foyers, sont restées le théâtre de la vie quotidienne pendant de nombreuses générations.
Ce sont les riches qui, les premiers, isolèrent les cuisines du reste de l’habitat, dans les châteaux de la noblesse tout d’abord, puis chez les bourgeois. Les nantis avaient, semblet il, k nez délicat. Progressivement, une cuisine à part a fini par paraître très distinguée si bien que, des années quarante aux années soixante dix, la plupart des logements ont été équipés d’une cuisine séparée. Certs, c’était de bon ton pour ceux qui pouvaient s’offrir les services dune cuisinière, mais personne n’a songé à ce qu’il adviendrait des mères de famille, ainsi confinées dans un recoin. On voit bien que la construction des barres d’immeubles a été dirigée par des responsables de la France d’en haut, incapables d’imaginer concrètement ce qu’est la vie ordinaire des Français d’en bas. Objectivement, certains choix architecturaux sont responsables, plus que partiellement, du malaise des banlieues, des viols dath les caves, du deal au coin de lame, de l’agressivité de bien des adolescents, de leur manque d’amour et de dialogue. On a la vie comme on vit, on ressemble à son grand ensemble, on est de là où on naît I Dommage que les maçons de cette époque n’aient pas refusé de contruire des logements dans lesquels il se seraient refusés à vivre. Dommage que tout se fasse par autorité, verticalement, et rarement par concertation, horizontalement. Dommage pour ceux qui doivent encore loger dans ces termitières aberrantes pondues par les urbanistes, bétonneurs et ministres de l’époque. Et vivement que les immeubles des banlieues tristes soient plastiqués et remplacés par des logements plus humains.
Aujourd’hui, on assiste à un retour massif des cuisines ouvertes sur le séjour, un mode d’aménagement qui séduit de plus en plus le public. Il est vrai que, bien conçue, une cuisine peut devenir un lieu de vie très agréable. L’orienter au nord paraît évident car car cela évite que des rayons de soleil trop forts ne viennent gâter les plats préparés. De plus, l’été, l’eau restera plus fraîche au robinet. Il est intelligent d’adjoindre un cellier, également au nord. Sa fraîcheur est idéale pour le stockage de la plupart des aliments et il suffira d’étagères grillagées pour n’acheter qu’un petit réfrigérateur, ce qui représentera à la longue de sérieuses économies d’électricité. Qu’elle soit disposée au frais n’est pas gênant car la cuisine se réchauffe toute seule quand on s’y active. Les personnes présentes, les lampes, les casseroles bouillantes et surtout le four, apportent de la chaleur dans la pièce, de la fin de l’après midi à l’heure de la vaisselle du soir.
Néanmoins, ces avantages peuvent se révéler néfastes lors des grands froids nocturnes de l’hiver. Il ne faut pas que les tuyauteries cachées dans les murs ne gèlent et leur isolation soignée est indispensable. Par ailleurs, les premiers levés auront l’inconvénient de prendre leur petit déjeuner dans une atmosphère glaciale qui n’a rien d’encourageant pour démarrer la journée. Aussi, en l’absence de chauffage central avec radiateurs, l’emplacement de la cheminée ou du poêle devra t il être étudié pour apporter une certaine chaleur dans la cuisine. Un insert dans la cheminée permet de conduire de l’air chaud où l’on veut par une gaine. Un mur de terre peut être chauffé la nuit sur une face et diffuser ses calories dans la cuisine par l’autre face, avec un retard calculé de huit heures qui définira l’épaisseur de ce mur. Ou alors, il faut pouvoir allumer en entrant un appareil de chauffage d’appoint très rapide, capable de réchauffer la pièce en une dizaine de minutes. Un radiateur électrique ? Oui, pourquoi pas. Mais alors absolument pas nucléaire et c’est là le problême. Nous en reparlerons longuement au chapitre sur le choix de l’énergie, plus avant.
Un bon éclairage puisque l’on est au nord, des prises de courant, une très grande table, des placards en quantité, tout à portée de la main, un électroménager peu gourmand en électricité, des fenêtres, un système de poubelles trieuses : dans ces conditions préparer les repas n’est plus une corvée mais une petite fête quotidienne. Le travail est facilité par des ustensiles et appareils électroménagers qui demandent beaucoup derangement. Mieux vaut surestimer la place nécessaire, d’autant que la vocation d’une cuisine ouverte s’élargit souvent à d’autres menues tâches. Un tiroir pour les élastiques, les ciseaux, les ficelles, le scotch, la colle et le papier cadeau, un placard pour stocker desbouchons, des bocaux et autres emballages, un autre pour le pain frais, un autre pour le pain sec des poules de la voisine, un autre pour stocker les petits trucs à répater, encore un pour les bougies d’anniversaire et les serviettes en papier, et un autre pour les bonbons et gâteries, etc.
Trouver les bons emplacements pour les armoires, etageres, et appareils n’est pas favorisé par l’ouverture de la cuisine sur le séjour puisqu’elle perd au moins une cloison. Mieux vaut donc prévoir plus de surface au sol que dans le cas d’une cuisine séparée, car si l’ouverture de la pièce agrandit l’espace, elle diminue son périmètre utilisable.
Les passages autour des meubles devront être bien dégagés. Rien n’est plus agaçant que de demander à un enfant de pousser la chaise où il travaille, juste pour pouvoir ouvrir la porte du four. Tous les encombrements seront prévus largement car la cuisine est l’une des pièces où l’on séjourne le plus et il serait bête de se retrouver dans la bousculade tous les jours de dix sept à vingt et une heures. Les placards, armoires, étagères seront même dessinés sur les plans de la maison pour éviter des déconvenues. Ce n’est que lorsque l’on est certain de tous les emplacements que l’on peut alors définir les arrivées et évacuations de la plomberie, le nombre et la situation des prises de courant et interrupteurs, les lignes électriques spéciales pour chaque machine de lavage et pour le four électrique, la pose des conduits d’aération, des éclairages, et, en premier lieu, les fenêtres, portes et autres éléments architecturaux.

