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Accueil du site / Les maisons progressent ou régressent, mais les fonctions restent les (...)

 Progression des maisons

Pas plus que l’homme parfait ou la femme idéale, l’habitat qui offre tous les avantages n’existe pas nonplus. Par contre, en ce qui concérne le confort, nous sommes maintenant coutumiers d’une certaine perfection une vingtaine de degrés pour le corps, un coin frais pour les aliments, une atmosphère peu humide, la protection de la pluie, du vent et du froid, la sécurité du sommeil, la protection des petits, l’hygiène, l’intimité au sens large, une vie quotidienne facilitée.

Depuis l’apparition de l’homme de Cro Magnon, quarantecinq mille ans avant notre ère, nous savons construire des abris capables de remplir efficacement ces fonctions de base, cabanes de terre et pierre, réhaussées de charpentes rudimentaires et couvertes de peaux. Durant le néolithique, l’habitat n’a cessé de se perfectionner avec ses murs de clayonnages colmatés â la terre, son toit de roseau ou de torchis, ses lits, son foyer à bois, ses clôtures, parcs à animaux, greniers, etc. Déjà dés villages, l’irrigation, des maisons sur pilotis, des fondations pour durer, des charpentes, de la décoration, des poteries de toutes sortes, des tissages et ouvrages de bois, d’os ou de cuir qui permettaient de vivre sans doute assez bien. On sait par contre que la fumée des foyers, encore mal conçus, était l’une des toutes premières causes de mortalité. Les poumons de nos ancêtres étaient très encrassés.

Vers huit mille cinq cents ans avant notre ère, apparaît la chaumière traditionnelle avec son ossature bois sur soubassement de pierres, ses murs de torchis, son toit de chaume. Ces bases architecturales sont restées constantes dans nos ré

gions occidentales et perdurent à peu de choses près dans certaines contrées. Le temps a apporté ses améliorations le puits, le matelas, la cheminée, l’usage général des métaux pour fabriquer les menus outils de la vie quotidienne. Vers trois mille cinq cents avant notre ère, apparaissent de jolies cités lacustres, comme des chalets de bois avec des bardeaux taillés en guise de tuiles, toujours en usage. Ailleurs, au Moyen Orient puis en Méditerranée, naît, il y a dix mille ans, la fabrication de la brique, très employée durant la longue Antiquité dont beaucoup de monuments subsistent aujourd’hui. Les Égyptiens inventent la métallurgie du cuivre, autorisant la taille de très gros blocs de pierre, puis le temple géant. Les Grecs et les Romains modernisent la pierre taillée, la chaux, la tuile et la brique d’argile cuite, qui n’ont guère changé depuis.

Mais ne nous y trompons pas, la plupart des paysans d’Europe ont vécu dans des chaumières jusqu’à l’époque industrielle. En Irlande, des photographies ont été prises àia fin du dix neuvième siècle, peu après la Grande famine. Le sujet de ces reportages visait à dénoncer l’hypocrisie du colonialisme anglais en attestant de la misère absolue du peuple irlandais et de son génocide. Elles montrent l’habitat commun de ce temps là, une chaumière modestissime où s’entasse une famille de douze personnes. Encore aujourd’hui ces bâtisses existent et on n’y trouve pas l’eau à l’évier.

En France, très peu de maisons ordinaires, ni église ni château, ont été édifiées avant le seizième siècle. L’étymologie du mot bâtiment lui même indique bien la pérennité de la construction néolithique jusqu’au Moyen Age et au delà, c’est une certitude. Bâtiment vient du francisque bast, l’écorce bâtir consistait à édifier des fortifications à la mode franche, avec des pieux tressés de branchages et d’écorces, clayonnages ensuite recouverts de terre.

Les Européens sont ainsi restés longtemps dans un certain sous développement. La colonisation romaine n’a pas arrangé les choses, au contraire, puisque la culture celtique, qui se caractérise entre autres par un extraordinaire développement dans la fabrication d’outils, a été quasiment éradiquée de la planète par les troupes romaines. Des dizaines de milliers de druides ont été pourchassés et tués dans toute l’ancienne Europe et leurs savantes connaissances ont été perdues. Parmi elles, les mathématiques, l’astronomie, la rotondité et la taille de la Terre, les continents inexplorés, toutes choses que les druides avaient apprises des Grecs qui les tenaient des Égyptiens de l’Antiquité.

Il serait abusif de considérer notre monde actuel comme à la pointe du progrès. Nous créons aujourd’hui des agglomérations souvent moins bien conçues que celles de notre lointain passé. Athènes est moins agréable que ne le fut Knossos,Le Cafte étouffe dans sa crasse quand Alexandrie étalait sa splendeur. Mais ces cités fameuses cachent l’importance d’autres sites archéologiques encore plus révélateurs.

Découverte en 1958 en Anatolie, Tchatal HUyUk fut probablement la première ville construite au monde. Vieille de neuf mille ans, elle abritait dix mille habitants dans ses maisons de terre crue aux toits plats, serrées les unes contre les autres comme les alvéoles d’une ruche et ceinturées de remparts aveugles qu’on devait gravir avec des échelles pour entrer. Aucune ne, aucune porte, aucune fenêtre. Aucun temple, aucune construction qui eut pu accueillir le pouvoir, aussi bien politique que religieux. La vie citadine se déroulait sur les toits plats, solides structures de bois et de roseau recouvertes de terre, et elle devait être intense puisque c’est par là que l’on rentrait chez soi. En effet, les maisons n’ayant pas d’ouverture, on ne pouvait y accéder que par un orifice dans le plafond et une échelle de meunier. Cette architecture de fourmilière apermis de résister aux pillards. Ne pouvant échapper à l’extermination en tombant du plafond au centre de la pièce où on les attendait avec des armes de chasse, les envahisseurs n’osaient en effet prendre la cité.

L’intérieur des habitations est fonctionnel et pratique, une banquette court le long des murs et un très grand lit trône au milieu de la pièce. Dans un tiers des logements mis à jour par les fouilles, ce lit est surmonté d’une grande statue symbolique représentant une femme bras et jambes grands ouverts. Juste en dessous de cette représentation de la déesse mère, des sculptures représentent des comes de taureau, symboles de virilité. Tout indique que la vie de ces temps préhistoriques était orientée vers des pratiques religieuses matristiques. La femme, maîtresse de maison, représentait une parcelle du Grand Tout, initiant ici le concept de la Shakti. A ce titre, elle devait être adorée dans les sanctuaires familiaux et honorée par un amour physique éclairé de mysticisme. Sous le lit dans chaque maison, enterrés les uns par dessus les autres, on a retrouvé des squelettes empilés. Les morts, après une petit séjour au cimetière, revenaient dans les maisons sous le lit sanctuaire pour y être honorés dans un culte mêlant l’angoisse de la mort aux extases sexuelles.

La ville de Tchatal HUyuk, antisismique et c’est heureux, eu égard à la proximité d’un volcan actif, a été brutalement abandonnée pour une toute autre raison qu’une éruption. On ignore ce qui s’est passé mais on a trouvé le site comme s’il avait été abandonné hier. Tout y était : meubles, fresques, poteries, cuirs et même tissus. Une découverte archéologique de première importance, pourtant méconnue. L’étude de Tchatal HUyUk montre qu’est née là bas ce qui deviendra la civilisation de l’Indus, faisant ainsi d’elle la mère patrie de l’ensemble des mondes spirituels européens et asiatiques.

Suivant la voie tracée par les Sumériens, par les Égyptiens, les Assyriens ou les Babyloniens, la population nombreuse et active de la vallée de l’Indus, dans l’actuel Pakistan, fut la première à édifier des centaines de cités, sur un territoire équivalent à la France,le Bénélux et l’Allemagne réunis. Les fouilles ont même mis à jour de belles et grandes villes pouvant abriter jusqu’à quarante mille habitants, comme Mohenjo Daro, Harappa ou le port de Lothal. Vieilles de cinq mille ans, ces grandes cités de l’Indus étaient érigées sur d’immenses tertres aménagés, à l’abri des crues du fleuve. Elles étaient protégées par de solides digues de plus de treize mètres de large à la base. Ces villes étaient dessinées autour de larges avenues à angles droits délimitant des quartiers parcourus de ruelles. Un urbanisme réfléchi avait installé les quartiers laborieux à distance des quartiers résidentiels pour éviter la pollution générée par de nombreux ateliers artisanaux. Les silos et réserves diverses occupaient une grande partie de ces cités et la gestion de ces stocks ne pouvait être que communautaire. Les habitations familiales étaient collées les unes aux autres comme dans les médinas maghrébines, de belles maisons autour d’une cour intérieure avec four et puits. Peu de différence entre elles : certaines sont un peu plus grandes et devaient appartenir à une sorte de bourgeoisie mais, en réalité, on ne peut pas parler de quartiers pauvres et de quartiers riches et, de fait, les citoyens des villes indusiennes n’ont laissé aucune trace de systèmes sociaux inégalitaires, ce que l’on peut habituellement deviner dans l’aménagement des maisons.

L’un des aspects les plus frappants est encore l’absence de bâtiments du type palais, temple, couvent ou caserne. On croit rêver : pas de lieu aménagé pour accueillir un roi, ni même une communauté monastique ou militaire... Les Harappéens étaient manifestement pacifistes et le pouvoir appartenait à la cité. Les positions philosophiques et les coutumes religieuses étaient belles et avancées, portant à son apogée le shivaïsme dont la plupart des religions ultérieures sont issues. Le shivaïsme est d’abord un culte de la grande déesse de la vie et de son principe fécondant. Il demeure sous jacent à l’identité mentale de chacun d’entre nous. II se pratiquait à domicile, chaque foyer étant le temple de sa maîtresse. Comme avec notre catholicisme contemporain, ce shivaïsme indusien était sans doute devenu plus rituel que cultuel, contrairement à ce qui se passait encore quelques millénaires plus tôt à Tchatal HUyUk.

À l’extérieur des cités harappéennes,de nombreux champs irrigués permettaient la culture des céréales et des légumes, ainsi qu’un peu d’élevage. Le réseau d’irrigation était dense et sans doute très efficace. Sur le fleuve, d’imposants ouvrages captaient l’eau et la portaient au long de canalisations de briques bitumées, jusque dans les maisons. Celles ci étaient toutes équipées non seulement d’une véritable salle de bains étanchéifiée à la poudre de gypse, ce qui devait être beau comme du marbre scintillant, mais aussi de latrines versant dans des fosses septiques couvertes, et de vide ordures, tous reliés aux égouts dont le réseau, plus complet que celui de nos viijes actuelles, avec de grands collecteurs d’un mètre cinquante de large et des trappes de visite, autorisait une véritable hygiène, probablement coordonnée par un État dont l’organisation nous reste inconnue. Rappelons que ce n’est qu’en 1884 que le tout à l’égout est rendu obligatoire à Paris. Au sommet de Mohenjo Daro, des réserves d’eau étaient stockées et les chercheurs ont mis à jour un bassin en briques de quinze mètres de long, sept de large et trois mètres de profondeur, bordé de petites cabines, ce qui signifie qu’il servait aussi à la baignade et à la détente.

Les villes de l’Indus étaient de grands centres commerçants. On y a retrouvé un nombre considérable de sceaux en argile, marquant la propriété, et de poteries pour le transport. Y sont lisibles les caractères d’une écriture hiéroglyphique encore indéchiffrée à ce jour. Les échanges portaient sur de grandes distances, en particulier l’exportation de tissus de coton que les Indusiens furent les premiers à cultiver et à tisser, une contribution majeure à leur rayonnement. Le port de Lothal disposait d’un ouvrage extraordinaire un bassin écluse accueillant une trentaine de bateaux de vingt tonnes. Ce bassin fermé, de trois cents mètres de long sur cent de large, profond de trois mètres, a été bâti avec des millions de briques qui forment des murs de cinq mètres de haut, rigoureusement verticaux. Le bassin disposait d’une écluse de dix mètres de large pour recevoir les navires de haute mer.

La civilisation de l’Indus fut sans doute l’une des plus belles qu’a porté cette Terre. Elle devait très bien convenir à ceux qui l’avaient inventée puisqu’elle a duré plus de deux mille ans et étendu son influence à l’Inde et au monde minoen. On n’imagine pas que des coutumes malsaines ou frustrantes eussent pu tenir aussi longtemps. Deux mille ans, ce n’est pas rien. Notre civilisation industrielle n’a que deux siècles et nous la remettons déjà en cause !

Les archéologues n’ont pas de certitude quant aux raisons de la disparition des belles cités harappéennes. Changement climatique, remontées de sel délétère dans les champs, dues aux modifications du régime des fleuves ? De leur côté, les textes védiques, récits religieux et historiques, évoquent la conquête de Brahma sur les peuples de l’Inde ancienne, un texte épique écrits par les Aryens colonisateurs pour refaire l’histoire à leur profit. Ils parlent de l’engloutissement de villes orgueilleuses et de l’asservissement des populations autochtones à la peau foncée, les Dravidiens. Brahma aurait volontairement inondé Harappa et ses sours, ce qui est plausible, compte tenu des digues, barrages et canaux partout présents et qui auraient pu être détournés contre leurs bâtisseurs. A moins que les textes védiques n’attribuent à Brahma ce qu’un tremblement de terre a pu faire tout seul.

Mais une autre explication semble encore plus probable. Au cours du peu de fouilles dont elles ont fait l’objet, les cités de l’Indus ont révélé ce que fut leur plus grand handicap : la raréfaction du bois. En effet, les bâtiments les plus anciens sont faits de briques de très bonne qualité tandis que, pour les plus récents, les briques sont mal cuites et fragiles. Il semble bien qu’une crise majeure de l’énergie ait conduit à l’abandon progressif de ces grandes agglomérations. Prenez un paquet d’humains, laissez mijoter et vous obtenez une catastrophe, quelle que soit l’époque !

La réussite d’une civilisation peut rendre les autres jalouses et des villes comme Tchatal HUyuk, Harappa, MohenjoDaro, Ant ou Lothal ont été volontairement oubliées de tous durant les trois derniers millénaires. Même les archéologues ne se penchent pas vraiment sur elles, sans doute parce qu’il leur faudrait réviser toute l’histoire de la pensée et des religions afin de reconnaître la place majeure que le monde indusien a dans les origines de notre culture.

Actuellement cependant, des campagnes d’investigation archéologique par satellite sont menées qui donnent d’extraordinaires résultats. On a pu ainsi retrouver le cours disparu d’anciens fleuves descendant de l’Himalaya et repérer tout du long des vestiges de constructions humaines. L’intérêt pour cette région où l’humanité a pris son envol spirituel semble renaîtra et çlevrait révolutionner la plupart des concepts concernant notre propre pensée.

Quoi qu’il en soit, la belle civilisation de l’Indus démontre combien ce que nous appelons le progrès n’a rien de linéaire. Dans l’art de la construction, certaines parties du monde ont connu de magnifiques réalisations que leurs héritiers seraient incapables de rebâtir. C’est pourquoi les temples et pyramides d’Égypte, les grands monuments mégalithiques de Stonehenge ou de Newgrange, les pyramides incas, la tour de Babel ou les jardins de Babylone, ont semblé ultérieurement si grandioses et mystérieux aux humains, au point de ressentir quelque fois le besoin d’une intervention extraterrestre ou celle de géants disparus. Point de cela bien sûr, seulement l’irréparable perte de magnifiques savoir faire et l’oubli d’une organisation sociale performante. Des destructions perpétrées sciemment, peu avant notre ère, par les peuples impérialistes de la Méditerranée ou de l’Asie centrale.

Ce n’est qu’au cours des trois derniers siècles que nous n’avons réussi à nous remettre de la barbarie mentale romaine et à nous montrer à nouveau capables d’édifier de grandes agglomérations. L’expérience des peuples de l’Antiquité aurait pu nous éviter les imperfections de l’urbanisme actuel mais nous sommes trop égocentrés pour remettre en cause les dogmes absurdes des historiens, pour admettre humblement la sagesse de nos anciens et pour étudier positivement notre merveilleux passé, même quand il prend place au Moyen Orient.

 

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