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 Histoire du logis

L’habitat répond d’abord aix nécessités de notre vie matérielle. Parce que nous sommes faits de chair et de sang, parce que notre condition est celle de tous les êtres vivants, celle de nos cellules, le besoin d’un abri répond principalement à nos grandes fonctions vitales. Comme n’importe quel animal terrestre de cette planète, l’humain assure sa survie à l’aide d’une portion de territoire aménagé pour assurer sa reproduction et le confort de son existence. Nid, terrier, arbre creux, gîte, caverne, chaumière, château, carapace ou coquille, comme en toute bonne biologie, la forme répond à la fonction. Un logis est un milieu intérieur protégé, une sorte de méga cellule aux usages spécifiques...

Le logis appartient à la vie, tel un attribut biologique des espèces évoluées, véritable organe rapporté comme le sont les yeux ou la main. La plupart des animaux sont déterminés par leur habitat, sorte d’enveloppe devenue naturelle tant elle est inséparable de son bâtisseur. Et l’on constate que, parallèlement aux capacités des espèces elles mêmes, l’habitat au sens générai gagne sans cesse en complexité, de millénaire en millénaire, à la recherche permanente d’un surcroît de fonctionnalité, de mobilité et de souplesse.

Les biologistes expliquent que le cerveau humain, qui a triplé de volume en un million d’années, connaît une croissance qu’aucun organe d’aucun animal n’a jamais connu dans l’histoire de la vie. Quant aux mutations de nos niains, elles semblent liées à un changement du milieu, certes, mais aussi aux accroissements de potentialité que leur usage primitif a engendré. On leur attribue justement la formidable progression de notre cerveau. C’est à ce point que, pour les spécialistes, l’évolution n’apparaît plus seulement comme biogénétique mais prend dorénavant une voie bioculturelle.

Ce petit rappel n’est pas seulement théorique. C’est quand on en manque que le confort vital paraît si important. On trouve normal de vivre à bonne température. Pourtant c’est seulement à l’intérieur d’un abri que l’on pourra affronter Phiver septentrional. Des hécatombes massives d’animawc à sang chaud ont eu lieu lors des dernières glaciations et la nécessité d’un lieu aménagé s’est imposée à tous, oiseaux, manmifères et primates. Si les humains ont quelquefois occupé des cavernes, il y a cent mille ans déjà, c’est qu’ils y trouvaient une température constante, aux alentours de dix degrés hiver comme été, et c’était déjà proche de l’idéal. Avec quelques aménagements de bois et de pierre, ces cavernes étaient presque confortables : un toit, des murs. Il y a cinquante mille ans, la maison est née. Sur notre planète, les températures extrêmes peuvent cuire ou congeler n’importe quel animal, dont nous, et les vêtements ne font pas tout. II paraît même qu’une fois, en Sibérie, des soldats et leurs chevaux n’ont pas pu faire plus de cent mètres dehors sans se retrouver morts, figés par le froid. Aujourd’hui, personne n’envisage de mener sa vie sans habiter quelque part. Avoir un chez soi pour s’isoler des rigueurs climatiques est devenu systématique au point de prendre un caractère lui aussi bioculturel. Cette protection s’intègre à notre devenir comme un nouvel attribut biologique de l’espèce humaine.

La deuxième fonction fondamentale d’un logis est de permettre le repos de nos corps, et particulièrement de notre cortex cérébral. Le sommeil, comme régulateur de l’activité du système nerveux, semble bien connaître une durée sans cesse croissante au fur et à mesure de l’évolution de notre espèce. Chez les animaux, le même parallèle existe. La girafe dort moins de cinq minutes, debout comme les chevaux, et cela lui suffit pour détendre le contenu de sa minuscule boîte crânienne. Certaines espèces ont adapté la fonction de sommeil à leurs spécificités. Les ours font de grosses réserves durant l’hiver. Les martinets, qui ne se posent jamais au sol, dorment en vol, à un kilomètre d’altitude, par alternance d’une seconde de veille pour trois secondes de sommeil. Les dauphins, eux, font alterner les moments de repos dun lobe cérébral à l’autre pendant qu’un demi cerveau dort, l’autre veille à lui éviter de se noyer et aux dangers externes.

Plus nous sommes devenus intelligents, plus nous avons eu besoin de dormir, ceci nous rendant parallèlement de plus en plus vulnérables. Aux âges farouches, dormir par terre dehors, même par beau temps, ne laissait pas les petits groupes humains tranquilles. Se voir attaqués par un autre groupe ou par des bêtes sauvages, c’était l’effroi pour tous. Aussi, un abri se doit il de permettre le sommeil dans des conditions de sérénité suffisante pour être efficace.

Le lien direct entre l’abri pour dormir, reposer notre gros cerveau suractif, et la sécurité individuelle se manifeste très significativement chez le bonobo, le primate le plus proche des humains, bien plus proche encore que le chimpanzé. Le bonobo, découvert et étudié depuis une petite vingtaine d’années seulement, montre une intelligence incroyable et des comportements sociaux qui nous laissent pantois. II se déplace en forêt par petits groupes de cinq ou six. Le soir, grâce à des appels puissants, les groupes se rapprochent, puis se réunissent pour dormir tous ensemble, à cent individus et plus. Ils arrachent des feuillages et s’en font une couche, un nid individuel. Là, ils se reposent dans la confiance d’un sommeil collectif. Au matin, chacun lève le camp pour s’ébattre alentourjusqu’au prochain rassemblement vespéral. Le rapport entre le lieu du sommeil et l’intégrité de la personne se révèle lorsqu’une dispute ou un jeu apparaît qui donne lieu à une poursuite. Le pourchassé peut, à tout moment, tasser les herbes autour de lui et s’installer dessus en position couchée. Le poursuivant va alors arrêter sa course et se garder de pénétrer dans le nid improvisé. Les bonobos, capables d’appréhender un symbole, ont ainsi créé dans leur société le droit à une sorte de domicile privé, protecteur de l’individu.

La nuit, on ne fait pas que dormir, n’est ce pas ? A la faveur de la pénombre, lorsque les regards des autres sont clos de fatigue, il vient aux êtres d’irrésistibles et viscérales aspirations à accomplir leur destin... Et les scientifiques ne se privent pas d’affirmer que, lorsqu’une évolution améliore l’efficacité de la reproduction, elle a de fortes chances de s’ancrer dans les moeurs. Or si l’on considère les chiffres de population humaine au cours du néolithique, on constate que les différentes améliorations des conditions de vie ont provoqué une petite explosion démographique en nous faisant passer de un à quatre millions d’individus sur Terre. Une telle efficacité reproductive ne pouvait, par principe, que favoriser l’expansion des nouvelles coutumes et tendre à leur pérennisation. Habiter un lieu clos, ’c’est faire leur nid aux petits, leur offrir l’espace protégé nécessaire à leurs apprentissages. L’être humain s’est doté petit à petit de nouveaux moyens pour assurer l’éducation de sa descendance néoténique.

Avec la découverte des usages du feu, les choses ont encore progressé. Il est devenu non seulement possible de chauffer son abri, améliorant ainsi nettement le confort thermique,’mais aussi d’effrayer les animaux sauvages, protégeant ainsi mieux l’indispensable sommeil. Concernant l’efficacité procréative, nul n’ignore le désir puissant que réveille la lueur d’une flamme vacillant dans les yeux de l’être aimé... En quatrième lieu, est apparue avec le feu une meilleure organisation pour manger. Fini le temps où l’on grignotait des fruits, des racines ou des petits vers, on est passé à la grande cuisine. Avec la cuisson des aliments, plus appétissante et plus hygiénique, est venue celle des poteries de terre destinées à leur conservation. L’une plus l’autre, rajoutons une étagère, des bols, des cuillères et des couteaux et l’habitat adopte sa formidable vocation cuisinière.

Pour la préparation des repas, il faut de l’eau. Quand elle n’était pas à proximité, on a appris à la stocker. De l’eau à l’intérieur des maisons et, de fil en aiguille, une autre évolution s’est imposée, dans le domaine de l’hygiène, cette fois ci. L’eau pour se nettoyer ou pour laver les ustensiles et les aliments fut un progrès appréciable. Et quand elle est chaude, alors t Rien de tel qu’un bon bain, n’est ce pas ? L’amélioration de l’hygiène est reconnue comme l’origine principale de l’accroissement de notre espérance de vie. Là encore, son efficacité a permis sa diffusion, ne serait ce qu’en favorisant le développement numérique des populations ayant adopté l’habitude de la propreté.

 

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