Déménagement et bilan
Ça y est maintenant, nous pouvons déménager. L’intérieur de la maison est terminé. Reste à la meubler, nouvelle occasion d’inviter parents et amis à nous aider et à partager les repas de cette journée. Les copains des enfants se mobilisent aussi et nous sommes nombreux à charger nos voitures et la camionnette prêtée par le centre où travaille Sophie. Un seul voyage suffit car nous avons déjà stocké des cartons à nos venues précédentes.
C’est notre dernier déménagement en principe et celui ci est émouvant, on s’en doute, car voilà près de trois ans que nous ouvrons à concrétiser notre rêve et neuf mois que le chantier a commencé, neuf mois bien entendu... En ce début d’hiver doux et ensoleillé, nous nous offrons le plaisir de déjeuner tous ensemble dehors à midi, sur une table faite de planches. Le repas est gai, cours légers, les blagues fusent et le souvenir des pires moments nous fait éclater de rire. Nous sommes à la fête. Nous savons pourtant qu’il reste à faire, surtout dans le jardin, en particulier notre bassin et nos terrasses. Mais nous avons déménagé pour de bon et, dorénavant, nous aurons tout le temps d’occuper nos week ends à parfaire l’écrin de notre nid chaleureux.
Cette fois, chacun peut appréhender concrètement les options que nous avons défendues et la cabane est devenue une confortable maison écologique, belle, lumineuse et saine, qui nous va comme un gant. Nous sommes heureux d’avoir respecté noire planète. Oh, ce n’est pas parfait mais nous avons obtenu un compromis satisfaisant : le bois qui fixe le co2, la terre crue qui n’utilise qu’un soupçon de carburant fossile, le recyclage de chevrons et de fenêtres, l’alimentation en électricité renouvelable, le chauffe eau solaire, le poêle de masse à bois, l’épuration autonome semi naturelle, les plantations... C’est déjà bien, non ?
Et puis, respect de la nature ou pas, nous sommes rassurés de résider dans une demeure sans ces toxines qui tuent lentement, sans ces infâmes produits modernes qui mettent la santé des gens en danger.
Car...
Faut pas s’raconter des salades,
C’est sûr, le progrès est bien malade Et si nous voulons être là demain
Il faudra bien changer notre chemin.
Non aux dictats économiques,
Clamons notre refus du Grand Cirque.
Si nous ne pouvons manquer d’être un peu coupables,
Au moins montrons ce dont nous sommes capables.
Fabriquer, agir, créer, s’user tête et bras
A montrer que nous ne les baisserons pas,
Que nous avons chacun notre petite cible,
Et qu’avec du temps, tout devient possible.
Voilà notre philosophie :
Assumer les besoins de nos vies
En limitant les conséquences
Evitahi d’inutiles souffrances,
Sans attendre d’y être forcés,
Sans remettre à demain pour bouger.
Çontinuer à jouer les bandes, à broder en marge,
A tisser nos légendes, sous les pavés la plage...
Continuer les pieds de nez, nos idées saugrenues,
Et tous les coups d’essai, et nos rêves éperdus.
Continuer, bordel, à tirer de la vie le meilleur sel, Cette recherche tellement belle, parcours existentiel, Plonger nu vers le ciel, déployer les grandes ailes, S’ouvr...
Toc toc toc ?
Hop, pardon Je me laisse aller.
Oui, agir en écologiste, c’est avant tout tenter d’être honnête. Agir comme l’on peut, certes, mais aussi en vouloir un peu plus, ouvrir les yeux sur nos responsabilités, se donner les moyens de changer... et être un peu patient et actif quand même.
Très amicalement à tous, Sophie et Pierre"
Que peut on ajouter à ce long témoignage ? Tout est bien qui finit bien, n’est ce pas ? Retenons que l’expérience de Sophie et de Pierre prouve que construire sa maison n’est pas une tâche démesurée, même si, comme ils l’écrivent euxmêmes, il paraît important de faire preuve de curiosité, de patience et de constance, d’une certaine volonté, d’un bon physique et d’un peu d’habileté.
"Ce n’est pas parce qu’elles sont difficiles que l’on n’arrive pas à faire certaines choses mais c’est parce que l’on n’arrive pas à faire ces choses qu’elles paraissent difficiles." Le secret : apprendre. Après tout, les maçons ou charpentiers ne sont pas pourvus d’un troisième bras et ont tout juste cinq doigts à chaque main. Ils ne mesurent pas deux mètres trente et ne sont dotés pas d’une force herculéenne. Non, ils savent comment faire et voilà tout.
En une bonne vingtaine de week ends, deux fois deux semaines de congés et quelques dizaines de soirées, Pierre et Sophie ont réussi leur pari et ne semblent pas s’être épuisés à la tâche. Nous retiendrons aussi que, à budget égal, un maison écologique demande des choix. Des choix alternatifs, originaux, pas toujours simples à soutenir devant les autres, professionnels du bâtiment ou proches. Il s’agit donc d’être assuré d’une forte conviction et de savoir la faire partager.
Les solutions adoptées ne sont jamais frustrantes car, avec de lastuée, rien n’est perdu du bien être, au contraire. Les preuves ne manquent pas qu’un comportement plus écologique apporte santé, qualité de vie et même des économies. Le poêle au bois en est un exemple convaincant. II permet un chauffage sain et agréable, bien moins onéreux à l’usage que les autres, peu polluant s’il est bien vif. Il valorise l’emploi, le tissu rural, diminue les transports, renouvelle une forêt qui fixe les gaz à effet de serre, évite l’industrialisation. Une chaîne de bienfaits pour l’individu et la planète, un tout enun écologique. De même pour l’installation d’un chauffe eau solaire l’investissement de départ est amôrti sur trois à dix ans selon le matériel, les subventions et le nombre d’utilisateurs, si bien qu’après ce délai et compte tenu d’une garantie habituelle de vingt cinq ans, ce seront en moyenne vingt années d’économies substantielles sur lesquelles on peut compter. Et, outre l’aspect financier, le bilan écQlogique du chauffe eau solaire est remarquable zéro combustible, zéro pollution. Et le cuiseur solaire ? N’est ce pas un moyen simple et économique de faire de la cuisine renouvelable ?
Les pages suivantes s’efforceront de donner toute l’information utile dans le but de favoriser l’essor de cet habitat agréable et raisonné qui fait si cruellement défaut à nos contemporains. L’équipe dc rédaction ainsi que les militants et bénévoles Eui ont bien voulu collaborer en prêtant leur documentation ou leurs photos, en rédigeant un exposé ou en menant des petites enquêtes de terrain, tous se sont attelés à une vaste tâche et se promettent de la poursuivre au delà de cette première édition. Ensemble, ils persévéreront dans leur souhait d’informer, dans la recherche et la critique de nouveautés, la tenue de l’annuaire des professionnels de l’écoconstruction, etc.
Dans l’habitat comme dans d’autres domaines, nous, éditions du Fraysse, espérons faire avancer la cause écologique en montrant les impasses de notre système industriel, en proposant une vision alternative de l’existence, en aidant à la crédibilité des choix qui nous semblent les plus responsables et en tentant de donner confiance en un monde meilleur.

