Décoration ? Naturlich, of course
Les derniers week ends avant Noël furent consacrés aù nettoyage en profondeur, puis à la décoration définitive des parements intérieurs. Nous avons laissé bruts les murs de briques de terre crue et nous sommes contentés de refaire les joints un peu ratés. Sophie projette de sculpter ces murs plus tard pour y graver un motif spiralé en relief ou y incruster d’autres éclats de miroir, voire des mosaïques. Plus tard... quand il n’y aura plus rien d’important à construire, c’est à dire après les terrasses, le bassin d’eau, les volets, pergolas, bacs à fleurs, l’allée de gravier, les escaliers et murets du jardin, son entrée, les plantations... On n’y est pas encore mais qu’importe ! Bientôt nous vivrons ici et aurons le temps de soigner notre logis. Pour l’instant, nous appliquons les peintures tant qu’il est encore aisé de circuler dans les pièces ou de nettoyer les coulures.
Nous achetons de la peinture bio, des pigments et de la cire chez Terradécor, un distributeur local de matériaux de construction et de décoration écologiques. La commerçante conseille nos enfants pour les couleurs et le style de leurs chambres. Elle nous montre les dizaines d’échantillons qu’elle a crées et fait partager son expérience jusqu’à ce que chacun d’entre nous ait trouvé son bonheur. Les filles souhaitent des couleurs vives, les plus chères à obtenir, et sans ces pigments coûteux, nous constatons que les produits vendus ici sont assez économiques, contrairement à ce que tout le monde en dit. La peinture à la caséine, la chaux en pâte, la cire incolore, les ocres courants sont des produits de qualité, qui couvrent et teintent bien. Leur utilisation est en définitive moins onéreuse que les peintures classiques. Je ne comprends pas pourquoi on leur fait une réputation inverse. Bien sûr, côté isolants ou linoléum, on dépensera des fortunes mais, pour la peinture, on n’aura pas de mauvaise surprise financière avec des produits naturels.
Toutefois, après quelques déconvenues, nous avons appris qu’une couleur aux pigments naturels n’est jamais très vive.
Quoi que l’on fasse, le résultat donne une teinte plus ou moins pastel, souvent plus claire que ce que l’on imagine. De plus, les nuances dans le pot ou sèches sur le mur ne se ressemblent pas toujours : inutile de prétendre à une fidélité absolue, mieux vaut accepter un peu d’imprévu, sans grand risque parce que c’est beau de toutes façons. Nous voulions, par exemple, réaliser un glacis léger à la cire teintée d’ocre jaune. Mais la couleur étalée sur le mur s’est avérée intense comme une peinture a fresco. A l’inverse, dans une autre chambre, la peinture à la caséine a éclairci en séchant passant du saumon au rose jambon torchon... Bah Nous avions heureusement prévu d’autres teintes en camaïeu pour les plinthes, les tours de fenêtres ou des motifs en frise et, en fin de compte, les harmonies furent assez réussies, même si différentes des idées de départ.
Travailler avec ces produits est un bonheur : pas d’odeur, facilement lavables, on peut même plonger sa main dans le seau pour écraser les grumeaux. Par contre, les mélanges n’étant pas prêts à l’emploi, il faut prendre la peine de touiller longtemps, très très longtemps, sinon la teinte paraît insuffisament saturée. Alors on en rajoute et, un peu plus tard, elle est devenue trop forte. Touiller, touiller, vous dis je, et touiller encore. Finalement, nous avons gardé un peu de produit de base sans pigment pour pouvoir éclaircir notre mélange si besoin était. Et nous avons fait de petits essais préalables sur chaque support car, d’un fond à l’autre, nous constations des différences. Sur le bois des plinthes, sur les panneaux de Fermaceil, suries encadrements de portes et fenêtres, chaque fois la couleur variait un peu.
Autre chose : nous avons fait l’expérience, parce que c’était un lundi, d’aller chercher des produits qui nous manquaient dans un autre magasin que le premier. On nous y a vendu des pigments et de la cire soi disant identiques qui s’avérèrent inutilisables pour les uns, ou bien visibles après séchage pour les autres. Les pigments colorés ne souffrent pas le mélange et deux ocres rouges de marques différentes ne se remplacent pas l’un l’autre : le résultat vire au marron. Quant à la cire, incolore chez notre premier fournisseur, elle était blanche chez l’autre et, même devenue transparente sur le mur, elle avait semblé plus claire dans le pot et nous lavons trop teintée : la reprise se voit.
À cette occasion, nous avons aussi compris la nécessité de choisir des produits dont l’étiquette soit en français. Il existe en effet une gamme allemande qui porte un joli nom bien de chez nous mais dont les étiquettes sont incompréhensibles. On ne sait même pas ce que l’on a acheté et la Fussbodenwachs n’est sûrement pas de ladre à décorer. Par contre, une marque au nom germanique, qui fournit un mode d’emploi clair en français, nous a donné, elle, entière satisfaction.

