Divers
Les piles
Actuellement six cent millions de piles boutons sont vendues chaque année, ainsi que quatre mille tonnes de piles traditionnelles. Celles ci ne seront jamais totalement recyclées et continueront donc à disperser mercure, cadmium et plomb dans la nature. Le mercure d’une seule pile bouton est capable de polluer un mètre cube de terre. Les piles et les batteries dans les poubelles, c’est une horreur. Des métaux lourds, de l’acide, rien de plus dangereux pour la nature et nous le savons... De Marseille à Tambouctou, la pile nous met en danger.
La pile, c’est aussi un gouffre à énergie il en faut cinquante fois plus pour la fabriquer qu’elle n’en restitue à l’usage. Pourtant, c’est une belle invention transporter l’énergie dans une petite boîte, voilà qui est bien pratique. Si l’on en croit l’Académie, monsieur Volta peut en être fier. Sauf que ce qu’on nous a raconté à l’école est une belle mystification. Une fois de plus, le siècle des lumières ne s’avère qu’un pâle lumignon dans l’histoire de l’humanité quelques Européens fortunés qui se sont autoprocl amés grands maîtres après avoir pompé leurs découvertes dans de vieux grimoires échappés d’une longue série d’autodafés.
Pour la pile, les péripéties sont significatives. On sait par exemple que c’est un ingénieur allemand, chargé de construire les égouts de Bagdad, qui découvrit dans le bricà brac du musée local, sous la vague étiquette d’objets de culte, des piles électriques fabriquées mille ans avant Volta, sous la dynastie des Sassanides. L’archéologue de service n’ayant rien compris de ces petits carrés de cuivre et de feutre empilés, il les avait classé dans le mobilier religieux. Quand on ne sait pas, on croit, et même on invente. Faut pas demander à un archéologue de savoir planter un chou ou un clou. Chacun son job, chacun sa lorgnette.
Après, c’est l’ami Bernard Tapie qui a tenté de nous mystifier. Vous souvenez vous des piles vertes qu’il a lancées juste après avoir racheté Wonder ? Il nous les présentait comme un progrès écologique et c’est vrai qu’elles polluaient moins que les alcalines. Mais s’agissait il d’un progrès ? Non puisque Tapie s’était contenté de relancer les chaînes de fabrication de piles salines que Wonder était sur le point d’abandonner. Bref, il les a fait emballer de vert, a annoncé que ce prétendu progrès avait un inconvénient, des piles plus vite épuisées, tout en nous vantant leur moindre dangerosité. On a acheté du Wonder et il s’en est mis plein les poches en nous prenant pour des tôles.
L’histoire n’est pas terminée. Dans un Sciences & Avenir d’il y a quelques années, un article passionnant annonçait l’invention de nouveaux accus absolument merveilleux. Ils étaient secs, souples, légers, quasiment textiles : une sorte de fibre capable de stocker l’électricité, plus vite et en plus grande quantité que les batteries classiques. Autres avantages : le rendement était meilleur, la pollution insignifiante, le poids plume, l’entretien inexistant Tout ça, tout ça... Le type qui avait inventé ce procédé était un génie français incompris qui avait dû se vendre aux Canadiens pour créer une unité de fabrication là bas mais il comptait revenir nous montrer tout ça et installer une autre usine près de Montpellier. Les constructeurs automobiles étaient sur les rangs pour lancer la voiture électrique du nouveau siècle. On y était presque I Mais bon, pas de nouvelles. Sans rien en conclure de définitif, la vedette se fait attendre... Ou bien alors on nous a encore raconté des blagues.
Voilà résumée en trois épisodes la belle histoire de la science, l’irrésistible ascension du progrès et le fleurissement continu de la démagogie.
Quant à nous, il nous reste la solution du chargeur. Quand on a des enfants, la consommation de piles est effarante : walkman, poupées parlantes, Gameboy, voiture télécommandée, petit ordinateur didactique, clavier à musique, tous ces jouets consomment de l’énergie et des piles. Alors faisons face : utilisons les piles rechargeables dont, de surcroît, le coût de départ est très vite amorti à l’usage. Moins cher, recyclable et moins polluant, c’est tout ce qui nous intéresse.
Mais il n’y a pas que les piles. L’Anglais Trevor Baylis a mis au point des torches portatives éclairées à l’électricité par un mécanisme transformant en courant électrique, l’énergie mécanique d’un ressort remonté en tournant une manivelle, comme on remonte le ressort d’une montre ancienne, par exemple. Ce système est très performant : avec quelques tours de manivelle, la torche éclaire une heure. C’est aussi lui qui a mis au point un poste de radio ayant une heure d’autonomie avant d’être remonté. Il s’en est vendu trente cinq mille exemplaires dans le monde dans les trois premières années. Plus besoin de piles polluantes, coûteuses et difficiles à trouver dans le Tiers Monde. L’entreprS sud africaine Baygen va étendre cette technique à des lecteurs de CD, des téléphones mobiles et même des ordinateurs portables. On trouve ces appareils dans le commerce, en particulier chez Nature et Découvertes. Belle et simple alternative.

