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Accueil du site / Le moteur à hydrogène

 Le moteur à hydrogène

Nous reproduisons ci dessous un extrait d’Alternatives Economiques, une interview par Marc Chevalier de Jeremy Riikin, auteur et spécialiste des futures évolutions macroéconomiques.

"Jusqu’ici, on considérait que c’est seulement vers 2037 que l’on aurait extrait la moitié des réserves de pétrole disponible dans le monde. A partir de cette date, l’extraction deviendrait plus difficile et les prix seraient donc fortement orientés à la hausse. Or des géologues ont récemment réalisé que ce moment serait probablement plus proche, probablement vers la fin de la décennie et au plus tard en 2020. Les compagnies pétrolières en ont déjà pris conscience et diversifient leurs activités, notamment en direction du gaz naturel. Mais ce dernier devrait atteindre la même situation dix ou vingt ans seulement après le pétrole. A cela s’ajoutent les effets des trois crises mondiales, qui ont toutes un lien étroit avec le pétrole et les combustibles fossiles. La première concerne le réchauffement climatique, de loin le plus grand défi qui nous ait été donné de relever. Jusqu’à il y a peu, l’opinion publique, en particulier américaine, était relativement indifférente à ces questions. Avec la sécheresse subie par les États Unis dans l’été 2002 et les inondations en Europe, une prise de conscience est en train de se produire. Ces catastrophes vont occasionner des coûts se chiffrant en dizaines de milliards d’euros dans les décennies à venir. La deuxième crise est celle causée par la dette du Tiers Monde. L’effacer ne règle rien car elle réapparaît en quelques mois. Depuis trente ans, les pays en développement ont en effet été les principales victimes de l’augmentation du prix du pétrole. C’est notamment pour y faire face qu’ils ont dû emprunter en masse au FMI et à la Banque Mondiale. Le fossé najamais été aussi profond entre pays riches et pays pauvres, ceux qui ont accès au pétrole et ceux qui ne l’ont pas. Enfin la troisième crise est celle du Moyen orient. L’Irak possède les deuxièmes réserves de pétrole du monde. Ce pays constitue donc un enjeu central pour l’avenir de l’approvisionnement en pétrole des pays développés. On comprend dès lors pourquoi Georges Bush, au delà de son souci affiché de désanner Saddani Hussein, était détenniné à occuper l’Irak. Toutes ces crises rendent urgente la sortie des combustibles fossiles.

L’hydrogène est actuellement le moyen le mieux adapté pour remplacer les hydrocarbures. Les biocarburants ne représentent pas une alternative intéressante. Pour les produire, il faut une dépense énergétique énorme. De plus, nous disposons d’une surface limitée de terres arables dans le monde et on ne peut avec elles nourrir à la fois les machines et les êtres humains. L’utilisation de la biomasse, notamment par l’incinération des déchets, constitue une possibilité intéressante mais limitée. En revanche, le passage à l’hydrogène comme combustible est logique d’un point de vue historique. Nous sommes passés du bois au charbon, puis au pétrole et enfin au gaz, chacun de ces combustibles contenant de moins en moins de carbone. L’hydrogène, qui n’en contient pas, est le stade ultime de cette décarbonisation.

La bonne nouvelle concernant l’hydrogène, c’est que cet élément de base de l’univers y est présent en quantité illimitée. Et quand on le brûle, on obtient simplement de l’eau. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il faut l’extraire. Aujourd’hui, on le produit surtout à partir du gaz naturel mais ce n’est pas une voie d’avenir, puisque le gaz naturel confient du carbone et s’épuisera prochainement. Il faut donc le produke à partir de sources d’énergies renouvelables comme l’hydraulique, l’éolien ou le solaire. D’ailleurs le développement de ces énergies a, en fait, besoin de celui de l’hydrogène. Produire de l’hydrogène par électrolyse est en effet le meilleur moyen d’utiliser l’électricité produite à partir des énergies renouvelables, puisqu’on ne peut la stocker. L’hydrogène peut ensuite être utilisé à tout moment dans une pile à combustible pour mouvoir un véhicule, chauffer une maison, etc.

L’utilisation des énergies fossiles a nécessité la mise en place d’un système centralisé et hiérarchisé d’approvisionnement. Il n’y a aucun moyen de le démocratiser réellement. Les hydrocarbures sont localisés dans certaines parties du monde seulement et ils nécessitent donc un appareil politique, diplomatique et militaire énorme pour les sécuriser. Toutes les activités économiques sont devenues centralisées parce qu’à la base, l’approvisionnement en énergie était construit sur ce modèle. L’hydrogène peut permettre de changer cette perspective. En installant une pile à combustible chez lui, le conommateur final peut produire l’énergie dont il a besoin. Celle qu’il n’utilise pas, il peut la reverser sur le réseau. C’est le début d’une révolution potentielle et il est possible de reconstruire une infrastructure économique basée sur une production décentralisée de l’énergie, qui soit plus compatible avec des aspirations politiques à la démocratie que le présent système. Mais la décentralisation n’est qu’une possibilité. Il y aura une lutte sévère pour savoir qui, des compagnies d’électricité ou des consommateurs finaux organisés en réseau, aura le contrôle du nouveau régime énergétique.

Un horizon qui semble éloigné mais ne l’est pas tant que cela. Les choses vont s’accélérer dans les années qui viennent. La Californie, huitième puissance économique du monde à elle seule, a adopté l’année dernière deux lois qui changent tout. La première impose aux constructeurs automobiles de réduire significativement, d’ici à 2009, les émissions de gaz à effet de serre des nouveaux véhicules mis sur le marché californien. L’industrie automobile, General Motors en tête, se précipite par conséquent pour mettre au point la voiture à hydrogène. Personne ne peut se permettre de perdre le premier marché automobile du monde. La seconde loi oblige à accroître d’un pour cent chaque année la proportion de l’électricité issue des énergies renouvelables, pour atteindre vingt pour cent en 2010. L’Union européenne s’est, elle aussi, fixée des objectifs ambitieux dans ce domaine et d’autres États envisagent d’ores et déjà de suivre cet exemple."

Quelques réflexions sur l’alternative hydrogène. Précisons par exemple que les besoins en électricité pour l’électrolyse de l’hydrogène seront énormes si cette solution est généralisée à la place des hydrocarbures. Certains disent même que la production de nos centrales électriques devra être multipliée par quatre et, si c’est exact, alors l’alternative hydrogène ne peut être bonne qu’avec un développement considérable de toutes les sources d’énergie électrique renouvelable possible et cela représente un vrai défi. D’ailleurs, à ce momentlà, la voiture à moteur électrique ne sera t elle pas la meilleure solution ? N’est ce pas plutôt de ce côté que de nouvelles techniques seraient à développer ?

Les biocarburants, quant à eux, sont une médiocre alternative au pétrole puisque, selon les experts en la matière, si l’on voulait que les biocarburants prennent la place des hydrocarbures, le total des surfaces cultivées de la planète n’y suffirait pas. Utiliser ces mêmes biocarburants pour produire de l’hydrogène n’est guère plus intéressant. De plus, on peut craindre que les cultures non destinées à la consommation humaine soient traitées à tout va, ce qui aggraverait la situation actuelle de l’eau. L’agriculture a tout intérêt à ne s’occuper que d’alimentaire car c’est la seule façon de la pousser à mieux respecter les équilibres naturels et la santé des consommateurs.

Concernant encore l’alternative hydrogène, le rêve de démocratisation de l’énergie qu’elle éveille risque de se transformer en un cauchemar de monopole industriel et de surveillance policière. Il y a fort à parier que le contrôlede la production de ce gaz donnera lieu à des réglementations sévères, sous prétexte du danger de sa manipulation. Alors de grandes compagnies, Total par exemple, se chargeront de distribuer des petits réservoirs d’hydrogène, qui leur coûteront deux centimes à remplir, qu’ils venderont cinquante en le justifiant par le processus industriel, la recherche, les innombrables points de distribution et blablabla, et que le gouvernement taxera au point que nous paierons la recharge au prix adéquat pour faire dix euros le cent kilomètre parcouru. En plus, nous serons contents, parce que les cent kilomètres à six euros que nous connaissons aujourd’hui vont doubler ou tripler dans les vingt ans à venir, foi de président étasunien. Et alors, l’hydrogène nous paraîtra léger, léger, léger. Tandis qu’ils récupéreront une fois de plus l’intégralité des sous que nous gagnons au travail. Mieux qu’avant même, et c’est tout aussi imaginable qu’une liberté individuelle au bout de la pile à combustible.

Le débat n’a rien de fumeux. La pile à combustible, c’està dire à hydrogène, existe. Elle équipe déjà des habitations et des véhicules, en France et dans tous les pays industrialisés. Les enjeux de la production de ces nouvelles machines en sont là où en étaient les ordinateurs en 1977 pas encore de standard, beaucoup de laboratoires et d’entreprises diverses impliquées, des applications encore frustes et balbutiantes, à des coûts pour l’instant luxueux. Mais dans dix ans, tout le monde pourra en acheter une pour sa maison, capable de fournir de grandes quantités d’électricité non polluante. Un système de modules permettra d’ajuster la production à ses besoins et d’augmenter facilement la capacité. On disposera d’une sorte de centrale domestique, un gros placard rempli de cartouches d’hydrogène, qui alimentera en électricité aussi bien des chauffages rayonnants à infrarouges, que des chauffe eau, des éclairages, pompes et appareils divers mais aussi de recharger les batteries de sa voiture et de quantités d’appareils de plus en plus mobiles, de la perceuse au téléphone et du baladeur au micro ordinateur et à toutes les innovations prévisibles. Les piles à combustible équiperont très rapidement le parc automobile. Les premiers modèles sont déjà commercialisés et leur développement ne sera pas une question de mode mais une vraie nécessité aussi bien économique qu’écologique.

Malheureusement, la technologie des petites piles à combustible rendra presqu’impossible leur autofabrication. Nous serons probablement tous obligés de les acheter, très cher, surtout dans les premières années de leur diffusion. Et puis, ensuite, il faudra payer régulièrement les recharges et leurs taxes afférentes. Est ce l’idéal ?

Réaffirmons que le soleil, lui, n’est pas vraiment taxable, qu’il abonde dans les pays économiquement défavorisés, que par la simple progression du rendement par photopile fabriquée, son bilan écologique s’améliore et qu’une fois le système installé, il ne demande ni entretien ni fourniture, rien à aller chercher ni à produire, rien du tout. Ajoutons également que lancer des programmes solaires dans le TiersMonde, favorise nécessairement la démocratisation de l’énergie chez nous. Comment accepterions nous de payer ce que d’autres peuples ont gratuitement ? Nous, les Occidentaux, tellement matérialistes et persuadés de vivre au paradis. Ce qui est bon pour eux, nous l’adopterions. Contre le nucléaire et le pétrole, seule l’énergie solaire est opposable sans discrédit possible. Il s’agit donc seulement de perfectionner sans cesse les systèmes photovoltaïques ou toute autre invention à naître qui serait capable d’ensoleiller, directement ou non, tous nos besoins énergétiques.

 

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