Le plomb et ces conséquences
Le plomb fait peur. On en connaît les conséquences, le saturnisme, que nous craignons depuis longtemps, puisqu’on lui attribue la décadence de Rome. Ce n’est sans doute pas un hasard si, aux États Unis, les teneurs en plomb admises dans l’eau de boisson sont cent fois inférieures à celles que nous tolérons en France. Pourtant, notre réseau de distribution est vieillot en de nombreux endroits, immeubles anciens, centres villes peu rénovés, et il présente une assez forte proportion de canalisations ou de cuves en plomb. Le laiton luimême, employé de façon courante, est un alliage comportant du plomb. Si l’eau est douce, comme pour tous les métaux, elle corrodera les canalisations et emportera du plomb. Si l’eau est bouillie pour la tisane ou la cuisson des aliments, là encore, elle concentrera les polluants. Dans ce sens, la cuisson vapeur présente l’avantage d’employer moins d’eau.
Où que l’on habite, il est important de laisser couler le robinet une ou deux minutes chaque matin au lever et au retour des vacances. De même, on déconseille de conserver des vins ou liqueurs dans des carafes en cristal car plus le cristal est beau, plus il contient du plomb qui se dissout facilement dans les liquides forts. Le plomb se fixe presque totalement dans le squelette mais cinq ou six pour cent vont provoquer des lésions irréversibles dans tous les organes vitaux, particulièrement sur les foetus, et déclencher des symptômes potentiellement létaux, comme les anémies, les pertes de mémoire et la faiblesse aux tests psychotechniques, la stérilité masculine, les maladies rénales et cardiaques, les grossesses difficiles, etc.
Même si vous ne vivez pas dans une commune dont les canalisations sont vieilles, l’eau de distribution peut être contaminée à la source, puisque le plomb, vieil additif anti détonant des carburants automobiles, s’est répandu partout dans la nature. Huit mille tonnes par an dans notre pays à la fin des années quatre vingts et ce drame a commencé dès le début de l’automobile. On estime que cela représente actuellement au bord des grandes routes de deux cents à trois cents kilos de plomb au kilomètre... Heureusement, les mesures qui ont été prises dans tous les pays pour réduire ces émissions sont efficaces et la teneur en plomb de notre atmosphère, décelable dans les glaces polaires, montre pour la première fois l’efficacité de mesures environnementales. En même temps que nous, les pigeons des villes vont retrouver leur santé. Mais le supercarburant, au plomb, est toujours en veine et il serait temps à présent de l’interdire complètement.
Des canalisations d’adduction posées en France ont été fabriquées en amiante ciment et il faut s’en méfier car elles dispersent des fibres d’amiante en grande quantité, plusieurs dizaines de millions par litre. Ces fibres sont suspectées d’irritation du système digestif et même de cancers. Des filtres en amiante pour la clarification du vin ont été également très employés. Les maladies liées à l’amiante mettent vingt à quarante ans pour se déclarer et on ne peut actuellement lui imputer des pathologies par ingestion avec certitude. L’amiante semble plus dangereux dans l’air mais, ceci dit, le temps passe et... on a déjà connu ça.
La chloration quasi systématique de l’eau de distribution a pour but de détruire les infections microbiennes et elle se montre efficace à cette tâche. Parfois remplacée par l’ozonisation, moins polluante, la chloration reste actuellement le principal moyen d’offrir une vraie sécurité sanitaire au public. L’apparition des systèmes d’ultrafiltration donne toutefois l’espoir d’un abandon à terme des traitements chimiques de l’eau. Car si l’on parvient à éviter les virus, bactéries et autres vilaines bébêtes, on ne peut éviter d’être intoxiqué un peu chaque jour par les sous produits résiduels du chlore, et particulièrement le chloroforme que l’on soupçonne de provoquer des cancers du rectum et du colon, des tumeurs hépathiques et rénales, voire une intoxication dépressive du système nerveux. Le chloroforme est ingéré à petites doses et inhalé plus significativement encore sous la douche. Le total des deux peut provoquer des troubles sérieux. Ah, le chlore, le chlore, une découverte utile et dangereuse, aux deux faces bien marquées, comme la radioactivité.
Aujourd’hui, les canalisations les plus utilisées sont en pvc, le chlorure de polyvinyle, plastique résistant d’origine pétrochimique. Or, selon sa qualité, des traces de chlorure de vinyle peuvent se diffuser dans l’eau et des études ont corrélé les excès de ce produit chimique avec des tumeurs du foie mais aussi du cerveau ou des poumons. Il n’y a pas grand risque de détérioration de la santé avec des canalisations en iwc de qualité, mais le chlorure de vinyle est également ingéré, en plus grandes quantités encore, par l’intermédiaire des bouteilles d’eau ou d’huile en plastique. Notons que ce polluant est libéré constamment dans la bouteille. Il est donc déconseillé de conserver longtemps des liquides ainsi conditionnés. Ah, le chlore, le chlore !

