Assainissement
Si le grand chantier de l’après guerre a été la mise à disposition de l’eau potable pour tous, le défi contemporain est celui de l’assainissement. Nos rejets sont tels que nos décideurs ont pris conscience du danger et commencent à s’en occuper. Concernant l’épuration, la législation européenne a été incluse dans la nôtre et, en 2006, les eaux usées de toutes les agglomérations de plus de deux mille habitants devront être collectées et traitées dans des stations d’épuration. Tous les autres Français seront concernés par ces nouvelles lois, puisque ceux qui ne pourront se connecter à un réseau existant devront s’équiper d’un assainissement autonome, soit, à terme, environ dix pour cent de la population, principalement en zone rurale.
Dans ce domaine, la France connaît un retard chronique. En 1960, seuls douze pour cent des Français étaient reliés au tout à l’égout et la qualité des eaux superficielles de notre pays s’en est fortement ressentie. Les lacs ont perdu leurs poissons, les ,rivières se sont transformées en égouts moussants, les zones de baignade donnaient des boutons, les zones de pêche à pied étaient contaminées et leurs coquillages aussi. Il y a trente ans, la plupart des eaux usées, industrielles et domestiques, étaient rejetées telles quelles dans les rivières. Aujourd’hui,la France possède douze mille stations qui collectent environ soixante dix pour cent des eaux usées. Leur rendement n’est pas supérieur à soixante quinze pour cent et ce ne sont doncau final que quarante cinq pour cent de nos rejets qui sont réellement traités. Avec les nouvelles réglementations qui obligent les communes à s’équiper, l’on. devrait faire passer ce chiffre à soixante cinq pour cent et donner ainsi un coup d’accélérateur à la dépollution.
Avant de s’écouler dans nos cent quatre vingts mille kilomètres de canalisations d’évacuation, certains polluants sont traités dès l’origine par des équipements spéciaux comme les boîtes à graisse sur les branchements des restaurants, les séparateurs à hydrocarbures dans les stations services ou les aéroports, ou bien les récupérateurs d’argent chez les photographes, radiologues, dentistes et imprimeurs. C’est heureux car notre réseau est si vétuste par endroits ou si mal conçu à d’autres, ou insuffisant ailleurs, ou soumis à des erreurs de branchement, qu’un bon quart des eaux usées collectées par les égouts ne parvient pas à la station de traitement mais termine dans la nature.
Deux réseaux de collecte peuvent coexister dans de nombreuses agglomérations. Celui de la collecte des eaux usées domestiques et celui de la collecte des eaux pluviales. Ne pas les mélanger lorsqu’ils existent tous les deux est rigoureusement obligatoire et présente plusieurs avantages. D’abord, leurs traitements ne concernent pas du tout les mêmes produits, puisque, dans le cas des eaux pluviales, il s’agira surtout d’éliminer, par décantation principalement, les impuretés venues des fumées industrielles, puis les résidus déposés sur les toits des maisons et les chaussées des villes, comme les huiles de vidange, les carburants, les poussières de pneus et les métaux lourds, le plomb notamment. Rien à voir avec les savons et les excréments. Mais le plus important avantage à la séparation des collectes est la régularité du débit arrivant à la station d’épuration. Quand il n’y a qu’un réseau, les orages provoquent une brusque montée des eaux usées et obligent à délester ce mélange immonde de déchets domestiques, de produits toxiques industriels et automobiles et, pour faire bon poids, de hautes concentrations de pesticides lavés par les pluies.
Délester ? Oui direct dans la nature, lorsque les stations sont dans l’incapacité d’absorber les excès de flux. Certes, il existe des bassins de retenue qui stockent l’eau polluée, mais bon, il n’y en a pas assez, ça sent très mauvais à traîner là des semaines, ça coûte des sous, etc. Donc, on installe de plus en plus de réseaux doubles, ce qui ne va pas sans un certain nombre d’erreurs de branchement très négatives, particulièrement en ville. De l’aveu même des grandes compagnies de l’eau, le meilleur moyen de gérer les pollutions pluviales serait la mise en oeuvre de solutions alternatives telles que les chaussées drainantes ou les fossés d’infiltration comme en sont équipées les autoroutes. Ces solutions visent aussi à limiter l’imperméabilisation des sols par le goudron des voies et parkings, pour réduire le missellement des eaux et leurs déferlements accidentels.

