Et nous ? Vous ? Moi ? (bis)
Les occasions de débattre de l’eau surviennent générale¬ment durant l’été, dans la France méridionale, lorsque l’on demande à la population de l’épargner. Nous sommes alors généralement culpabilisés par les médias et nous nous croyons sur le point d’assécher des régions entières. Comme si nous y pouvions quelque chose avec nos quelques pour cent de prélèvement Ne serait il pas plus utile de faire les économies là où elles seraient significatives ? Chez EDF, par exemple, dont les soixante réacteurs nucléaires évaporent chacun sept mètres cubes d’eau par seconde Chez les agriculteurs qui, au lieu d’utiliser des goutte à goutte, aspergent ou inondent leurs champs, favorisant ainsi l’évaporation.
D’ailleurs, ne devrait on pas commencer par obliger les distributeurs eux mêmes à améliorer leurs réseaux, puisque près d’un tiers de l’eau traitée disparaît par des fuites dans les, excusez du peu, huit cent mille kilomètres de conduites ? C’est même la moitié, oui la moitié, qui est perdue en ville. Que font les compagnies chargées du réseau ? Vous voulez vraiment le savoir ? Rien, elles ne font rien, et si on leur en parle, elles affirment bien sûr le contraire.
Parce que nous sommes de bons citoyens, nous sommes d’accord pour faire un effort, au coup par coup, en attendant de trouver des solutions intelligentes. D’accord pour ne plus laver la voiture. Mais s’il ne faut plus arroser les jardins, refusons. Les plantes ont besoin d’eau, de quel droit les en priverait on ? On les a plantées, on s’en occupe, ok ? De plus, les assoiffer est stupide puisque la couverture végétale est la meilleure façon d’éviter l’évaporation. Alors quoi, on la paie assez cher Bien plus cher que les industriels ou les agriculteurs qui en consomment autant. Faut il, en plus, assoiffer nos plantations préférées ? Disons le tout net : c’est non Pàr contre, un robinet qui goutte peut gaspiller quarante mètres cubes par an. Pensons y...
Quoique ! Faut il réellement économiser l’eau ? Si nous en utilisons beaucoup à la maison, il faut qu’on nous la fournisse propre, non ? Si, par contre, nous l’économisons fortement et que nous buvons de l’eau en bouteilles, les compagnies de distribution ont un boulevard devant elles pour la vendre encore plus cher, en s’en occupant moins bien. Attention à ce cercle vicieux probable.
Affirmons ici, a contrario, que l’eau appartient à tout le monde, à tous les vivants. Car si notre planète en est recouverte aux deux tiers, seuls trois pour cent de cette eau est douce. De cette quantité minuscule, soixante quinze pour cent se trouve sous forme de glaces et il ne reste donc qu’un quart de l’eau douce à partager entre nous, avec toutes les plantes et tous les animaux de notre environnement. C’est peu. Si la Terre est une planète apparemment liquide, moins d’un pour cent de l’eau présente est utilisable pour la vie terrestre. Nous devons donc préserver sa propreté, ses qualités biotiques, et la rendre aussi propre en sortant que nous l’avons trouvée en entrant. Il y a du travail car plus des deux tiers des effluents en France ne sont pas traités.
Si l’eau est à tout le monde, personne ne doit en faire de profit et une gestion collective est la seule acceptable. C’est là tout le sens d’un service public mais celui ci, nous l’avons hélas laissé filer dans le privé. Comment une démocratie un peu sincère prend elle un jour de pareilles décisions ?

