Les enjeux de l’or bleu
Sur les quarante deux milliards de mètres cubes d’eau utilisés en France chaque année, un dixième de ce qui nous tombe du ciel, vingt sept passent dans les installations d’EDF, six milliards vont à l’agriculture, l’irrigation du mais en avalant la moitié, cinq vont à l’industrie, puisque vingt cinq litres d’eau sont nécessaires pour faire un litre de bière et trente cinq mille litres le sont pour une automobile. Un pt’it rien d’eau va dans les canaux ou les mines et, pour finir, quatre ou cinq milliards de mètres cubes servent à la consommation des ménages. Ça n’est pas beaucoup. Nous n’employons à la maison que dix à douze pour cent de l’eau utilisée dans le pays, soit environ deux cents litres par personne et par jour, cent cinquante à la maison et le reste au travail. Les Californiens en consomment trois fois plus que nous, six cents litres, et les Malgaches, dix litres, soit vingt fois moins. L’eau est une richesse dont la France ne manque pas avec ses deux cents soixante dix mille kilomètres de rivières, ses dix milliards de mètres cubes retenus par les barrages de montagne et ses énormes nappes souterraines, fossiles ou non, qui fournissent soixante pour cent de l’alimentation du réseau d’adduction.
À l’inverse, la part des ménages dans la pollution des eaux est très importante. Le libéral avancé, qui sait que Veau coûte moins cher à potabiliser qu’à assainir, demande : n’est il donc pas justifié que la distribution de l’eau ne soit plus administrée par le public, tandis qu’on lui laisse la charge de gérer ses déchets ? Attention, voilà le genre de raisonnement qui fait le lit de la mondialisation capitaliste, elle qui affirme que les marchés réguleront tous les problèmes. La mondialisation n’est qu’économique et nous tournerons bientôt le dos à sa suffisance intellectuelle, tant chacun peut constater chaque jour quelle n’a pas la vision du futur qu’intuite n’importe lequel d’entre nous. Les dégâts environnementaux en sont la première preuve et des affaires comme l’épuisement de la ressource de pêche, divisée par dix en cinquante ans, vont précipiter la régulation économique dans sa propre impasse.
La géopolitique est depuis toujours liée à la disponibilité de l’or bleu. Aucun système économique ne peut s’en dispenser. En cas d’insuffisance pour les activités, on parle alors de stress hydrique. En cas de manque pour la population, on parle de pénurie. Des problèmes surgissent partout sur la planète mais l’eau est une ressource discrète et bien trop cruciale pour que l’on en découvre les enjeux. En 1995, quatrevingts pour cent de la population mondiale disposait d’eau en suffisance, tandis que huit pour cent connaissaient une situation préoccupante. Sait on, qu’en 2050, lorsque nous aurons dépassé les neuf milliards d’habitants, la moitié de l’humanité connaîtra la pénurie, ceci étant dû pour les neuf dixièmes à l’accroissement démographique ? Au Maroc, la sécheresse sévit depuis huit ans dans l’Atlas et elle provoque actuellement un exode des populations berbères qui viennent en masse tenter leur chance au long des routes touristiques du bord du désert, regardant passer à toute vitesse d’énormes catcatres aux coffres remplis de bouteilles...
Quoiqu’en disent les journalistes, des guerres se mènent déjà pour l’or bleu. Les conflits au Proche orient le démontrent assez. Soixante cinq pour cent de l’eau israélienne provient des territoires occupés. Est ce le sens caché de la colonisation sioniste ? Et que va dire la Syrie qui sera privée de quarante pour cent de son précieux liquide, lorsque la Thrquie réalisera les barrages qu’elle projette aux sources du Tigre et de l’Euphrate ? Ces mêmes barrages priveraient l’Irak de près de quatre vingts pour cent de ses ressources. L’adhésion de la Turquie à la Communauté européenne nous rendra t elle complice de ce hold up ? Il y a ainsi dans le monde deux cents bassins versants gérés à la sauvette, qui représentent autant de conflits potentiels.
Si la guerre de l’eau devient planétaire, la hiérarchie politique en sera bouleversée. Car alors c’est l’Amérique du Sud qui sera la mieux armée. Elle délient vingt six pour cent de l’eau douce disponible pour six pour cent de la population terrestre et, même si les nappes fossiles disparaissent dans l’Altiplano, les bassins fluviaux représentent une réserve gigantesque. En théorie, l’Amérique du Sud peut offrir vingtquatre mille mètres cubes d’eau par an à chacun de ses habitants, quand l’Europe ne peut en offrir que cinq mille, le Moyen Orient et le Maghreb, mille, Israel, sept cents et le Qatar, quatre vingt douze. L’Asie est bien pourvue avec ses trente six pour cent de la ressource totale mais elle doit la gérer au plus serré pour satisfaire aux besoins de soixante pour cent de l’humanité. De plus, la ressource n’est pas tout. Un pays doit avoir les moyens de son captage, de sa potabilisation et de sa distribution. Le développement de l’adduction est avant tout une affaire de tuyaux. Si les États n’en ont pas les moyens, il y a fort à parier que des compagnies privées se proposeront pour faire ce travail. Or il n’y a pas de raison pour que la gestion de l’eau rapporte tant à certains.
Souhaitons donc un retour à une gestion collective de l’eau et, si celle ci doit être organisée internationalement, que ce ne soit ni par des États, ni par des compagnies industrielles mais par des élus mondialistes éclairés capables de maintenir durablement et pour tous une qualité parfaite de toutes les eaux de notre planète bleue. Dix huit mars 2003 les spécialistes se réunissent à Tokyo car une nouvelle gestion devient, paraît il, urgente. Actuellement, un quart de la population mondiale n’a pas accès à une eau simplement salubre. Oui, oui. On s’en inquiète en haut lieu. Mais qui au juste ? Vivendi ou l’urŒsco ? Un catastrophisme soudain... Comme celui qui a permit, en France, des hausses de tarifs au profit des magnats de l’eau ? Passent ils à la vitesse supérieure, à la mondialisation du racket sur l’or bleu ?

