Quelles solutions techniques attendre ?
Avec l’application des membranes au traitement des eaux, c’est une rupture technologique qui a eu lieu dans ce secteur, comme il y trente ans lorsqu’elles sont apparues pour le dessalement de l’eau de mer. En effet, ces membranes capables de retenir des particules d’un dixième de micron, filtrent aussi bien des matières mortes ou minérales que les virus. Grâce à cela, l’emploi de produits cques,tel le chlore, ne sera plus nécessaire à la désinfection et l’eau pourra conserver son goût naturel et ses qualités biotiques. De plus, cette technique permet de réaliser des unités de traitement plus compactes et moins dévoreuses d’énergie. Elle permet aussi de les intégrer dans des endroits défavorisés, là où l’eau est rarement traitée. Elles sont pour l’instant encore coûteuses.
Mais potabiliser l’eau seulement ne suffit pas, au contraire. Cela nous inciterait même, en effet, à la laisser retourner usée et sale dans l’environnement, sans se poser de question sur la suite des évènements. On trouve plus de deux mille polluants chimiques dans l’eau des lacs et des rivières. Visiblement, nous nous moquons bien des ravages que nous causons et notre gestion de l’eau est catastrophique, même si les compagnies de distribution communiquent pour nous faire croire à leur exigence environnementale. Nous sommes devenus déraisonnables n’envisager la question de l’eau que sous l’angle de sa potabilité en est une preuve de plus.
Car il faudrait la laver, cette eau, avant de la remettre où nous l’avons prise, dans la nature. Il faudrait la rendre inoffensive à l’égard de toutes les formes de vie, il faudrait changer la collecte de nos déchets, il faudrait, il faudrait, yaka, fokon... Attendre que cela vienne de là haut, au rythme des consultations électorales, finit par ressembler à une utopie lancinante. Il existe des solutions pourtant, mais elles demandent un engagement sur des voies nouvelles. Les assumer n’est pas facile. C’est pourquoi nous préférons souvent déléguer nos responsabilités et payer un certain prix, un prix certain même, pour que quelqu’un s’en occupe à notre place. C’était le sens même de l’État avant que les services publics ne soient victimes de ces hold up institutionnalisés qu’on appelle privatisations.

