Toutes les fleuves mènent à la mer
Le laboratoire marin de Plymouth a mis au point un système pour mesurer la présence de nitrates dans l’eau de la Méditerranée. "Plus nous approchons de l’embouchure du Rhône et plus leur concentration augmente", constatent les chercheurs. L’explication en est l’utilisation massive d’engrais. Heureusement, malgré l’accroissement de ces rejets, l’asphyxie de la flore et de la faune marine reste limité aux zones côtières,jusqu’à dix kilomètres au large. Mais la vigilance s’impose car de graves problèmes sont apparus dans de vastes régions comme l’Adriatique tout entière.
Une campagne de la navette Discovery a montré que ces polluants n’arrivaient pas uniquement en mer par voie fluviale. L’apport atmosphérique est prépondérant dans le cas des métaux lourds ou sensiblement équivalent dans le cas de la pollution azotée. Les spécialistes soupçonnent également les pluies chargées de nitrates, de cobalt, de fer et de manganèse, de déclencher des floraisons annuelles d’algues comme dans les eaux bretonnes ou celles de la mer du Nord.
Les eaux profondes sont moins atteintes. Au delà de quinze à vingt kilomètres des côtes, on ne peut plus constater de véritable concentration de polluants. Les spécialistes pensaient trouver dans les sédiments davantage de métaux lourds, comme le plomb issu des gaz d’échappement, estimé pur l’ensemble de la planète à trois cent cinquante mille tonnes par an. Rejeté dans l’atmosphère, ce plomb passe dans les nuages, les pluies le ramènent au sol et il achève son cycle dans les fonds marins. D’autres polluants métalliques, comme les six mille tonnes annuelles de mercure, les trente mille tonnes d’arsenic ou les neuf mille tonnes de cadmium, sont libérés dans l’atmosphère par les hauts fourneaux, puis s’accumulent dans les sols, les eaux de surface et les nappes aquifères. En revanche, la pollution par les hydrocarbures est plus sérieuse. Il faut savoir que la Méditerranée reçoit à elle seule un quart des rejets d’hydrocarbures, alors que sa surface ne représente que un pour cent des mers du monde. Les chercheurs y ont relevé des concentrations de deux à dix fois supérieures à celles rencontrées dans l’Atlantique.

