Et nous ? Vous ? Moi ?
Qui que nous soyons, nous participons aussi à la pollution générale de la ressource en eau. Nous nous lavons les mains, nous apprécions le jet de la douche, nous appuyons sur le bouton de la machine à laver, nous tirons la chasse d’eau. Nous faisons cela tous les jours et tant mieux, sinon nous ne nous sentirions pas bien propres. Autrefois, les gens étaient sales... et les rivières limpides. Aujourd’hui, c’est l’inverse.
Et, en effet, nos excès de lavage se voient dans la pollution des rivières. Car ce sont elles, obligatoirement, qui héritent de nos saletés, avec détergents, émulsifiants, phosphates et autres produits lavants. Les stations d’épation,quand elles existent, ne parviennent pas à récupérer toutes ces immondices et nos égouts déversent des tonnes de phosphates et de matières organiques dans les cours d’eau. Bactéries, algues microscopiques et plantes aquatiques s’en repaissent et deviennent obèses, gavées par ces éléments nutritifs. Cette croissance a besoin d’oxygène et pompe tout le gaz disponible en étouffant les autres espèces vivantes. C’est l’asphyxie dans les rivières et les lacs. On parle alors d’eutrophisation. Surchargées de matières organiques, depuis les feuilles mortes jusqu’aux lisiers, en passant par les restes alimentaires et ceux des wc, les rivières se mettent à mousser. Sur les côtes de l’Atlantiijue et de la Manche où se jettent les fleuves, les salades de mer envahissent le littoral où elles échouent et pourrissent dans une odeur nauséabonde. Des colonies de phytoplancton, parfois toxiques, rendent les coquillages inconsommables.
Les Français, avec leur densité de quatre vingt dix habitants au kilomètre carré, sont encore très dispersés si on les compare à leurs voisins d’Europe du Nord, d’où une pollution moindre par unité de surface. D’autre part, les Français ont la réputation d’être plutôt crasseux deux à trois fois moins de dentifrice, lessive, savon, mousse à raser, que les citoyens étrangers. Donc nos rivières devraient être plus propres. Or elles ne le sont plus depuis longtemps. A quoi ça tient ?
L’un des tous premiers fabricants mondiaux de phosphates, Rhône Poulenc, numéro un des lessives classiques, affirme que les lessives sans phosphate présentent encore davantage de risques pour l’environnement. Pourtant les Allemands, très pointilleux en la matière, boycottent les lessives avec phosphates. Peut être les deux camps ont ils raison. Avec ou sans, ça ne suffit pas à rendre inoffensive notre propreté individuelle. L’un dans l’autre et quelle qu’en soit la façon, nous rejetons tous des eaux usées dans l’environnement. Des déchets qui ne sont pas correctement traités, qui retournent à la terre, puis à la mer, en les polluant.

