Et les industriels ?
Les industriels ? Ils font encore de très gros dégâts avec leurs procédés de fabrication mais, depuis quelques décennies, ils sont nettement plus surveillés. On ne peut d’ailleurs pas nier les efforts qui ont été faits, les riverains de l’Azergue ou de l’Agout ne diront pas le contraire. Voilà des rivières qui étaient violacées de pollution il y a encore vingt ans et dans lesquelles on peut maintenant se baigner sans mourir instantanément. L’industrie du cuir a évolué, les coutelleries aussi, ça va mieux. Mais il reste des progrès à faire et Jacquot le Menteur ne se baigne toujours pas dans les eaux de la Seine qu’il avait promis de rendre limpides pour l’an 2000.
Les usines rejettent des polluants en quantités nuisibles et la liste de ces produits chimiques dangereux est impressionnante. Cent mille deux cents produits chimiques différents sont utilisés dans l’industrie. Pour trois mille d’entre eux, la production annuelle mondiale est quand même de plus de dix tonnes par an. Près de deux mille cinq cents sont fabriqués à plus de mille tonnes par an. Les effets de la quasi totalité de ces substances chimiques sont inconnus môme si cent vingt d’entre eux sont soupçonnés d’être directement pathogènes. En fait, actuellement, seuls trente et un produits chimiques industriels ont été étudiés complètement, trois pour dix mille...
Dans ces conditions, comment certains ministres osent ils parler de sécurité des populations et de principe de précaution ? Bruxelles a d’ailleurs récemment décidé de retester les molécules qui ont été trop facilement agréées. La Commission européenne souhaite un développement rapide de la toxicologie.
Si on prend les seules dioxines, leur dangerosité, bien connue celle là, est effarante. Aujourd’hui, les quantités produkes en France chaque année sont de l’ordre de quatre cents grammes seulement, alors qu’en 1998, quand la France disposait encore de trois cents incinérateurs d’ordures répartis un peu partout, la totalité des dioxines françaises s’élevait à un ou deux kilos par an. Cela paraît bien peu et pourtant de nombreuses affaires d’intoxication ont été dévoilées, allant jusqu’à conduire à l’abbatage du cheptel, sept mille bovins à Albertville, par exemple. Mais il faut savoir que des quantités infimes, mesurées en picogrammes, c’est à dire en milliardièmes de milligramme, suffisent à tuer ! Les quelques incinérateurs dont l’environnement a été effectivement analysé, le plus souvent à l’initiative d’associations de consommateurs, ont montré une forte contamination de la campagne environnante, entraînant à chaque fois une suspension de la commercialisation des produits agricoles. Seulement voilà, ce ne sont que quelques incinérateurs car la plupart n’a fait l’objet d’aucune enquête et il y a donc fort à parier qu’il existe en France de nombreuses zones fortement contaminées par les dioxines.
Nez en moins, la situation française change puisque les anciens incinérateurs, souvent municipaux, sont détruits et que nos amis capitalistes, intéressés, comme pour l’eau, par les redevances à nous soutirer, investissent dans de grosses usines d’incinération régionales, moins polluantes mais encore très imparfaites. Actuellement, cent vingt trois unités construites par Bouygues, Vivendi ou EDF, traitent une quantité de déchets en constante augmentation, hélas. Un kilo d’ordures ménagères par jour et par habitant qui pourrait, qui devrait plutôt, être réduit par quatre ou cinq, si un tri sélectif poussé était mis en place.
Mais, pour les gestionnaires du système actuel, ce tri ne doit pas être trop performant non plus car les incinérateurs ont besoin de déchets qui brûlent bien, et il est même arrivé dans certaines villes que l’on freine l’ardeur trieuse des habitants. On a même été jusqu’à installer des récup’papiers pour alimenter des incinérateurs anémiés ....Ubuesque !
Il faut dire que la qualité de la combustion est essentielle pour détruire un maximum de déchets. Ce rendement et le filtrage des fumées sont responsables de la quantité finale de dioxine. Les dioxines, devrait on dire, puisqu’il s’agit d’une famille chimique entière issue de la combinaison du chlore avec le carbone et l’oxygène. Ah, le chlore, le chlore Elles peuvent passer pour naturelles et se trouvent facilement assimilées par la cellule vivante en provoquant de terribles empoisonnements en cas d’accident, comme à Seveso, en Italie. Habituellement, les dioxines se concentrent au long de la chaîne alimentaire et finissent par générer des cancers, ce qui les a rendue célèbres. Elles se déposent d’abord sur l’herbe des champs, sont avalées par les vaches, passent dans le lait et arrivent à nous. Elles s’accumulent dans nos graisses et y stagnent pour toujours puisque seul le lait maternél leur permet de s’évacuer, ce qui n’arrange pas les nourrissons. La dose cancérigène est de dix picogrammes mais on soupçonne le seuil d’un seul picogramme d’être à l’origine de perturbations endocriniennes, immunologiques ou de reproduction.
Les dioxines ont fait la fortune de Monsanto, lorsque cette sinistre et célèbre société étasunienne en vendait comme défoliant pour empoisonner les campagnes vietnamiennes. Elles détruisent d’abord la vie cellulaire puis s’infiltrent dans les sols pour rejoindre les eaux où elles se dispersent. Évidemment, leur concentration augmente doucement mais sûrement. Les dioxines représentent donc l’une des bombes sanitaires dont le retardateur est déjà déclenché à l’autre bout du tuyau de notre robinet.

