Mobil homes, caravanes ou camping cats
Çà, c’est mon rêve, c’est cet habitat là que je préfère le camping car. Maintenant que les enfants sont grands,j’aimerais reprendre cette vie de vagabottd que j’ai tellement aimée pendant huit années. Certes, le risque est de se sentir seul. Seul ! Si l’on peut dire... Chaque jour, je changeais de ville ou de village pour installer mon projecteur et mon écran dans des collèges ou des salles des fêtes, dans des salles de cinéma ou des réfectoires de maisons de retraite. Je montrais le dernier film documentaire que j’avais réalisé et le commentais en direct, m’adressant quelque fois à plusieurs centaines de personnes en même temps. Des contacts rapides mais toujours chaleureux, peut être d’autant plus qu’ils n’étaient pas destinés à se prolonger, sauf exception. J’avais quand même des amis dans toutes les régions de France que je visitais quand je revenais par là. J’étais un saltimbanque nomade, un troubadour en audiovisuel.
Parfois, je rejoignais un de mes collègues sur la route, en tournée lui aussi, ou bien, à l’occasion d’un festival, toute labande des conférenciers cinéastes. Nous mettions nos camping cars en cercle comme dans un village de tipis amérindiens et nous passions nos soirées chez l’un puis chez l’autre. Nous parlions de nos vies sur la route, des contrôles de gendarmerie en pleine nuit, des emplacements de marché qu’on n’a pas vus et qu’il faut quitter avant cinq heures du matin, des difficiles trajets d’hiver, des meilleurs producteurs de vin de chaque vignoble et de tous les endroits merveilleux où s’installer pour dormir comme cette corniche au dessus de Genève qui donne l’impression de survoler le lac et la ville en avion ou encore ce gros rocher bordé de sable fin, à dix kilomètres de La Rochelle, face à la mer. Nous contions nos anecdotes aussi : la fois où, en pleine nuit,j’ai trouvé un bon coin pour dormir, au bout d’un chemin accueillant dans un bois, au bord d’une belle clairière. J’ai été réveillé au lever du jour par les coups secs de la crosse d’une cravache dans mon pare brise. Un homme, dont je ne distinguais que les boues puisqu’il était juché sur son cheval, m’a lancé : "J’espère que vous ne comptez pas stationner toute la journée sur la pelouse de mon château, cher Monsieur
C’était notre métier, le plus beau qui., soit : parcourir la France dans tous ses recoins et devant tous ses publics pour faire connaître et aimer des pays étrangers par le cinéma, évoquer l’âme de leurs habitants, leurs gloires et leurs drames. Après chaque projection, deux à quatre par jour, nous remballions notre matériel de scène à l’arrière de nos camping cars et reprenions la route vers de nouvelles rencontres.
Parmi les films que j’ai présentés, deux avaient été réalisés pendant de longs mois sur place. Ma femme et moi même avons donc sillonné la Louisiane durant six mois et l’Irlande pendant près d’un an, à bord de nos maisons sur pneus. S’il est un moyen idéal de visiter un pays, c’est bien le campingcar. On s’arrête quand on veut, où on veut et par tous les temps. En attendant la fin d’une averse, il est bien agréable de boire une tasse de thé à l’abri. Quand on rencontre des gens, on peut leur demander de venir chez eux sans craindre
de les déranger. Des pêcheurs de crocodiles cajuns dans leurs cabanes de chasse ou bien des indépendantistes de Belfast dans leurs rues en mines, par exemple.
Oui, voyager en camping cat c’est comme cela que je voudrais continuer ma vie. En créer un qui soit ingénieux, confortable, bio, autonome en énergie, avec sa petite moto pour circuler facilement autour, un micro ordinateur pour actualiser Le Guide de l’Habitat Écologique et écrire d’autres choses, un téléphone portable malgré tout, pour rester en contact avec le monde. Cette maison roulante serait une sorte de grosse tortue qui avancerait à vingt cinq à l’heure peut être, mais uniquement grâce à des panneaux solaires alimentant des moteurs électriques, et sur chenilles pour grimper partout. Jamais en panne de carburant et capable de passer tranquillement les cols du Pant quand les guerres n’y seront plus.
L’idéal pour moi serait de disposer de trois terrains pour poser mon engin et séjourner un peu : un premier en Corse, si belle, si île, pour vivre au soleil, de janvier à avril. Un deuxième terrain en Bretagne, de mai à août, parce que le printemps y est le plus beau, que l’été reste tempéré, la côte toujours superbe et que j’aime bien les Bretons. Enfin, un dernier terrain près de Toulouse car, là, c’est l’automne qui est la plus belle saison, dorée, lumineuse et douce, sans pluie jusqu’aux fêtes de famille à Noël. Sur chaque terrain, une vaste terrasse de bois dans laquelle la tortue roulante viendrait s’encastrer à niveau et qui l’agrandirait. Sur place, de l’eau au robinet si possible et un petit hangar pour abriter des affaires durant les mois d’absence : un barbecue, du mobilier de jardin, des parasols, un petit bateau, etc. Ces terrains, sans certificat d’urbanisme, ne coûteraient pas cher du tout, même face à la mer, disons, deux ou trois fois le prix agricole, moins de deux mille euros l’hectare en tous cas. Une portion d’un petit bois non constructible irait parfaitement. La loi exige de ne pas rester à l’année et ce serait le cas. Elle oblige aussi l’habitat mobile à rester sur pneus, prêt à partir, ce serait le cas aussi. Pas de problème !
Pour briser la ’routine de ces trois lieux, j’aimerais partir chaque année dans un pays étranger et y dépenser la petite retraite que Raffarin et l’Organisation Mondiale du Commerce m’auront laissée. "Allo, les enfants,je suis en Sicile. Mon ange est là aussi, elle vous embrasse. Nous vous attendons pour Pâques. Prenez un avion et venez nous rejoindre avec vos petits. Nous avons trouvé un vifiage merveilleux et un petit appartement à la semaine pour rien. On ira visiter des volcans et manger des glaces. Apportez aussi votre matériel de plongée et les maillots..."
Aucun doute pour moi, actuellement, c’est la vie dont je rêve. Elle ne me décevra pas car je l’ai déjà connue et elle ne me laisse que de bons souvenirs. Question de caractère peutêtre. J’aime autant une région qu’une autre et me sens plus de partout que de quelque part. C’est comme ça...

