Laine et fibres animales
La laine de mouton est l’isolant naturel préféré des écoconstructeurs. Elle est très efficace, aussi efficace que la laine de verre, et il suffit pour s’en convaincre de demander aux moutons eux mêmes : de la Sibérie au Maghreb, ils ont l’air d’apprécier les vertus de leur formidable toison. Étanche aux gouttes d’eau, elle laisse néanmoins passer facilement leur transpiration, c’est à dire la vapeur. Imprégnée de son sum naturel, elle repousse toutes les bébêtes, les petites comme les grosses. Naturellement élastique, elle ne se tasse pas, ne se brise pas, ne s’effrite pas. Elle résiste bien à l’inflammation mais, au delà des cinq cents degrés, il lui arrive la même chose qu’à nos cheveux passant sur une bougie.
Une bonne laine ne doit être ni lavée ni traitée. C’est en restant naturelle qu’elle garde toutes ses propriétés, en particulier sa résistance aux mîtes. En effet, lorsqu’une laine a été totalement débarassée de son sum, elle devient fragile et vulnérable, aussi bien aux insectes qu’à l’humidité et au tassement. Problème : ça sent le mouton, une odeur pas tellement désagréable, mais bon. Naturelle, c’est sûr, qui s’efface complètement en quelques temps.
Il est possible d’acheter des toisons brutes directement aux bergers. Prévoir alors un soigneux lavage à l’eau froide pour ôter la terre et les saletés qui alourdissent la laine et peuvent la détériorer. Bien sécher. Dans ces conditions, la laine est d’un prix accessible.
Mais si on la veut en beaux rouleaux douillets et tout blancs, plus filée que bouclée, alors là, l’addition va surprendre. Hors de prix !
C’est dommage car la laine de mouton en isolant à des prix plus abordables offrirait des débouchés à des toisons qui, en France, sont plus souvent brûlées ou jetées que filées. En effet, la laine prête à faire des pulls en confection industrielle coûte bien moins chère quand elle vient d’Amérique du Sud que si elle est préparée, colorée et filée chez nous. Seuls quelques passionnés de la laine élèvent des moutons angoras pour leur plaisir et proposent des laines de très belle qualité à des prix à peine acceptables pour une activité de loisir.
Le nombre d’ovins en France ne cesse néanmoins de régresser et la tendance demande à être inversée d’urgence car, partout dans nos montagnes, les parcours et les clairs sousbois disparaissent, envahis par des broussailles qui favorisent la propagation des incendies. C’est bien simple : il a été calculé que le prix d’un Canadair, dont le maniement procure du travail à deux ou trois hommes seulement, est celui d’un troupeau de mille moutons qui nourrirait une centaine de familles rurales. La comparaison vaut par le fait que les parcours où paissent les ovins ne sont que rarement victimes d’incendie. Nous avons vingt cinq Canadair, ça ferait vingtcinq mille moutons et trois mil Je emplois au moins. De plus, les Canadair balancent des produits chimiques sur le feu quand les moutons enrichissent l’humus des sols et favorisent la dispersion des graines sauvages.
Bon, voilà : c’est encore une affaire de politique. Et d’ailleurs, il y a des petites communes de montagne qui prennent des initiatives sans rien demander à personne, en investissant sauvagement dans un troupeau communal, divisé en parts entre les habitants et financé collectivement. Un troupeau communal de deux cents moutons permet à une famille de vivre normalement et économise les frais de débroussaillage à la charge des municipalités et rendus obligatoires dans certaines zones.
Que ces communes nous signalent par écrit l’existence de leurs troupeaux et leur volonté de fournir des toisons brutes et propres aux écoconstructeurs de leur secteur, à des prix aussi doux que la laine. Organisons nous quoi, mince !

