L’isolation phonique
L’isolation phonique, ou acoustique, d’une maison est un aspect bien trop négligé dans la construction moderne. Les matériaux nouveaux, légers et économiques, ne présentent, dans tous les cas, que de faibles performances acoustiques et on s’habitue, depuis la création des premiers immeubles HLM, à l’idée que cette nuisance soit ordinaire. Elle ne l’est pourtant pas puisque, selon les enquêtes, le bruit est considéré comme la première pollution pour les citadins : circulation automobile, travaux, alarmes, sorties de bar et j’en passe. A la campagne, c’est la même chose si ce ne sont les mêmes bruits engins dans les champs, même à quatre heures du matin, le coq déchaîné à la même heure, les chiens qui hurlent, la cloche de l’église à deux pas qui réveillerait les morts du cimetière. La cloche de l’église J’en ai une juste là. Elle sonne cent coups trois fois par jour. Je vote pour celui qui mettra une sourdine. Non mais, imaginez que les communistes entonnent l’Internationale dans des haut parleurs !
Lourd, poreux et souple, voilà quel serait le matériau d’isolation acoustique idéal. Il reste à inventer : un mélange de caoutchouc, de fibre de bois et de talc ferait l’affaire mais est ce réalisable et à quel prix ? En attendant, les meilleurs isolants acoustiques sont les matériaux massifs comme la terre, la pierre, voire le bois en rondins. Pour les planchers, on prévoiera une construction en grosse épaisseur, un assemblage de couches atteignant au moins dix centimètres, avec des caractéristiques différentes pour chaque couche. Ou bien alors c’est le plancher flottant qui ne touche pas les murs et flotte sur une couche absorbante, des panneaux de feutre, de fibre de bois ou de liège, par exemple.
Difficile de trouver le bon isolant phonique. Les produits modernes ne conviennent pas bien : des plaques lourdes de bitume et de plomb qui sont faites de produits polluants et toxiques, des plaques de matériaux mélangés dont certains composants sont malsains, etc. Par contre et heureusement, des matériaux lourds, acoustiquement performant et naturels sont disponibles : pierre, terre crue et cuite. Plus le matériau est dense, moins il transmet les bruits.
Nous constatons au passage que les matériaux naturels denses et lourds sont de mauvais isolants thermiques mais de bons accumulateurs de chaleur. Ceci est bien pour cela. Ceci va bien contre le son, pas contre le froid mais c’est quand même bien pour ça. Bigre, l’affaire est bien embrouillée. Alors l’évidence s’impose : on ne peut tout obtenir avec le même matériau, c’est une impossibilité physique. Ou bien c’est que ce matériau est moyen en tout, comme le bois dense, massif et en bonne épaisseur, par exemple, assez bon pour tout mais excellent nulle part.
La réponse à nos exigences passe donc par la création de murs et planchers comportant plusieurs cauches en sandwich, certaines couches étant consacrées à l’isolation thermique, d’autres à l’isolation acoustique, elle même réalisée avec des couches aux performances complémentaires.
Aucun isolant phonique n’est efficace pour tous les bruits, excepté cinquante centimètres d’épaisseur de term, de briques ou de pierre naturelle. Les produits vendus à cet usage ont des réponses différentes selon la hauteur du son. Le liège est efficace contre les sons médium, voix, musique et bruits aériens, dits bruits roses. Les panneaux de fibres de bois, eux, sont efficaces contre les bruits d’impact, ceux des pas principalement. Quant aux sons graves, ils sont difficiles à isoler et tous les voisins de boîtes de nuit le constatent les basses passent. Contre eux, il ne reste que de fixer son sandwich isolant avec des silent blocks caoutchoutés et de désolidariser ainsi les panneaux isolants pour leur interdire tout contact direct avec les murs et planchers. L’idéal est une sorte de pièce dans la pièce, sans aucun pont phonique entre ses parois et la maison, une capsule interne et indépendante suspendue sur des plots. C’est la seule solution radicale, mais sa mise en oeuvre est délicate et onéreuse.
Pour les planchers, l’utilisation de hourdis modernes, ces poutres préfabriquées en béton armé et leurs blocs de remplissage, est déconseillée car ils sont très rigides et donc très conducteurs de sons. On peut améliorer un plancher de bois, moins transmetteur, en le parant par le dessous d’un faux plafond sur plots, en garnissant l’espace entre les solives par un mortier lourd de glaise et paille, en recouvrant le tout de panneaux de fibres de bois ou de liège, eux mêmes couverts de carreaux de terre cuite ou d’un revêtement textile mou, selon le poids total admissible.
Une fois posées ou bâties les protections contre le bruit, on constatera qu’il passe encore par les portes et fenêtres. Des renforcements de celles ci sont donc nécessaires. Les fenêtres à double vitrage isolent de la température extérieure grâce à leur lame d’air, mais aussi des bruits grâce à l’épaisseur totale du verre. Il existe des fenêtres à haute performance acoustique, grâce aux vitrages qui sont encore plus épais mais aussi grâce au montage et aux joints étudiés pour limiter la transmission des bruits.
Dans la maison, certaines machines sont bruyantes :
les machines à laver la vaisselle ou le linge en particulier. Il est judicieux de les poser sur une dalle de liège épaisse ou sur un socle séparé du sol par des silent blocks qui empêchent la transmission des bruits et vibrations. On peut trouver le silent block qui convient, avec ou sans fixation, dans les catalogues de pièces au garage le plus proche.
Ne confondons pas l’isolation et la correction acoustiques : la première cherche à empêcher les sons de se transmettre dune pièce à l’autre, la seconde sert à créer un confort dans une pièce, en contrant les résonances par exemple.

