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 La toiture prairie

... découvrit, un peu plus loin, une autre maison bien étrange. Qui pouvait bien vivre là ? Des lutins sans doute, tant la maison disparaissait sous les arbres. Enfoncée dans un talus herbeux, seuls deux croissants jaunes percés d’une petite fenêtre de bois et bordés de briquettes décoratives indinhiairnt l’existence d’une habitation. Ah si, là, le seuil dégagé d’une porte ! Et là, une cheminée cachée dans les iris jaunes. Oh, des fraises !

La toiture prairie est un concept architectural écologique très excitant. On aime ou on n’aime pas. C’est vrai que pour les amateurs de surfaces lisses et de maisons bien ordonnées, la toiture végétale a un aspect hirsute et sauvage qui peut surprendre. Mais pour les amoureux de jardins luxuriants, voir une habitation enfouie sous la végétation a quelque chose de merveilleux.

C’est là que vivre dans sa tanière prend tout son sens. Sous la terre, on reste bien au frais l’été et à l’abri des grands froids l’hiver. Sous la terre, on se sent au creux du monde, comme le Robinson de Michel Tournier dans sa combe. Heu... pas autant peut être. Une maison noyée dans la verdure profite d’un air sain et vitalisant, frais, ionisé, nettoyé de ses poussières. L’oiseaux y picore, l’écureuil s’y promène. Bien agréable tout ça, non ?

C’est surtout dans les fortes concentrations urbaines que les toitures plantées devraient se multiplier, car, lors de fortes précipitations, elles absorbent couramment plus de la moitié des eaux de pluie et évitent donc l’engorgement des réseaux. Elles y assainiraient l’air et rendraient les villes plus vivantes. Pour les habitants des appartements les plus hauts, ce serait une forte amélioration de l’inertie thermique de leurs logements, ainsi que de l’isolation thermique et phonique. De chez eux, ils auraient la vue sur une ville verte, semblant cachée en sous sol. Superbe

La construction d’un toit végétalisé pose de nombreux problèmes techniques. Tout d’abord le poids qui oblige à la construction d’un bâti très fort et d’une charpente infaillible. Selon l’épaisseur de terre étalée sur le toit, de dix à soixante centimètres, son poids sera raisonnable ou bien considérable, surtout lorsqu’elle est mouillée. La construction d’un support sur poutrelles de béton armé sera peut être nécessaire.

Deuxième problème l’écoulement de l’eau et le glissement de la terre. On y répond par des drains, des gouttières, ainsi que des planchettes pour retenir la terre.

Troisième problème : l’étanchéité qui devra être irréprochable mais qui est mise en danger par l’obstination racinaire. Des produits de toutes sortes ont été essayé et bien peu donnent totale satisfaction. Des spécialistes vendent des sous couches, des substrats, des films plastiques spéciaux et bien d’autres produits dont aucun n’a encore réellement fait ses preuves actuellement. Le mieux est encore d’étanchéifler la toiture par des procédés classiques du bâtiment, comme on le fait pour les toits d’immeubles chape, bitume en plaques ou isolant de verre cellulaire. La forme du support, un grand bac incliné au fond garni de reliefs cimentés et avec des bondes d’évacuation de l’eau en partie basse par exemple, peut résoudre la plupart des problèmes par le bâti lui même et évitera la pose d’équipements spéciaux, toujours susceptibles de se défaire ou de mal vieillir : drains, rives, gouttières, films étanches surfacés, zinguerie, etc

Des toitures végétales ont été construites avec une couche de bottes de paille recouvertes d’un petit substrat de terre. Au départ la formule paraît bonne, en particulier pour ses qualités isolantes. Mais assez vite, la paille se tasse, pourrit et n’isole plus rien. Il faut donc la changer au bout de quelques années. Le jeu en vaut peut être la chandelle car ce genre de toit est idéal pour produire des fraises. Cultiver dans le jardin ou sur le toit, c’est finalement le même travail.

N’oublions qu’il faut bâtir un accès, une rampe plutôt qu’un escalier, pour pouvoir grimper sur le toit avec une brouette et l’entretenir comme un jardin ordinaire. En période de sécheresse, il faudra même l’arroser.

 

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