Encore plus économique
Encore n’évoque t on ici qu’un cas ordinaire : la maison de maçon à quatre vingt mille euros. Des parpaings ou briques creuses, de l’isolant, un parement intérieur et du crépi. Une chape, des carreaux, du plâtre. Un peu de charpente, des tuiles, des gouttières. C’est le classique petit pavillon (les soldats romains comparaient aux papillons les tentes dont les panes de toile flottaient auvent ; ce mot papiliones deviendra pavillon" pour désigner une tente ou une construction légère, ce qui, étymologiquement, n’a rien de très rassurant).
Mais, gardons confiance, on peut faire beaucoup mieux et opter pour d’autres solutions. Chacune a ses avantages et ses inconvénients. La plupart limiteront la dépense et laisseront des disponibilités pour adopter de vraies alternatives, un peu coûteuses mais aisément amortissables, comme un équipement solaire, une isolation poussée ou une serre bioclimatique. Economiser ici, sans sacrifier à la qualité, pour pouvoir investir là, dans plus rentable encore...
On assiste depuis quelques décennies à une réhabilitation des méthodes et matériaux traditionnels. Rien ne semble en effet plus économique que des murs en pisé, mortier de terre et de paille, ou qu’un sol en terre battue. Neuf, ça n’est pas si misérable qu’on le pense. Avec ces méthodes, il n’y a ni achat, ni transport et la mise en oeuvre ne nécessite que quelques grandes planches, une dameuse manuelle et des serre joints... Des centaines de milliers de maisons sont bâties de cette façon dans le monde. Au Maroc, les plus beaux et plus récents hôtels sont construits selon les méthodes ancestrales et le pisé y est roi pour le plus grand bien de tous.
Mais le pisé n’est pas seul : le recensement des connaissances anciennes, remises au goût du jour, nous donne aujourd’hui le choix entre la maison de bois à la scandinave ou en rondins, les torchis les plus évolués, l’ossature bois, les enduits de terre, les murs en ballots de paille et bien d’autres possibilités. Le mouvement écologiste nest pas étranger au renouveau de ces techniques. Remercions tous les pionniers qui ont pris la plume pour faire part de leur expérience. Félicitons les de leur enthousiasme. Ils n’ont pas eu peur de l’originalité et ont prouvé la validité de leurs choix.
Prenons le cas de la toiture végétale : "C’est très économique, dira l’un : juste de la paille, un peu de terre... Et c’est très joli". L’autre répondra "Oui, mais quand on voit les frais d’étanchéité et de structure Et puis il faut l’entretenir...". Le premier : "Certes, mais on va économiser de l’isolant thermique". "Oui, mais mes obligé de faire des bords de toit spéciaux et très solides ainsi qu’un accès à ton toit". "Oui mais je n’ai pas de gouttière à poser, ni zinguerie". "Oui, mais.. La discussion peut s’éterniser.
Chaque option de construction demande en fait une étude un peu poussée et le guide que vous tenez entre vos mains va faire de jolis calculs avec un ordinateur et vous livrera le fruit de ses réflexions dans ! les pages à venir. Briques ? Paille ? Bois ? Suspense... Ce qui est certain, c’est que l’utilisation de certains procédés de gros oeuvre pour les sols, murs et toit, peut diminuer le coût de construction d’un tiers par rapport à une banlieusette ordinaire même si, dans le présent ouvrage, nous privilégierons toujours le confort, la santé et le bilan écologique et que nous admettrons finalement quelques surcoûts à certains postes.
Ensuite, et ceci est valable pour toutes les maisons, viennent l’électricité, le chauffage, la salle d’eau, la cuisine, les évacuations. Là encore, des économies sont possibles. Un système d’épuration naturelle est plus efficace et moins coûteux qu’une fosse toutes eaux et ses équipements. Un poêle à bois relié à un plancher ou à un mur chauffant est plus agréable et économique qu’une chaudière avec radiateurs. Le chauffage de l’eau domestique avec des capteurs solaires est possible grâce à des appareils simples, comparables à un équipement standard et aujourd’hui subventionnés. Dès lors que l’on sort des habitudes les plus courantes, le prix de revient d’une habitation peut être sensiblement abaissé.
Et puis il y a le recyclage : des portes ou des fenêtres d’occasion, assez faciles à trouver, sont, une fois rénovées, plus durables, plus belles, plus originales et économiques que celles fabriquées en usine. La récupération soulagera le portefeuille du moment que l’on a le courage de gratter et de frotter poignées de portes, serrures, robinets, éviers de pierre, luminaires, vieux miroirs ou tessons de porcelaine à incruster dans la maçonnerie, sans compter la récupération possible lors de démolitions, comme celle de poutres de chêne, de linteaux de portes, de bâtis de chenées,etc.
Viendra également l’amortissement sur le long terme, où l’on verra que les investissements consentis à l’occasion d’une construction bioclimatique seront effacés par les économies d’énergie qu’elle réalise.
Reste enfin la question de votre choix, économique certes, mais aussi esthétique ou éthique, voire affectif. Ah, la cabane quand j’étais enfant, en vacances à Plouzacvilleheim ! Il reste toujours une part de préférence personnelle dans les choix qui sont faits et c’est heureux. Plus grande est cette part, plus doux sera le gîte. Et tant pis si la cuisine n’est pas toute équipée avant quelques années, si l’on préfère planter des arbres en premier : bonne idée que de commencer l’installation de son nid par de belles plantations étudiées, nourricières, climatiques et esthétiques.

