La qualité, objectif impossible ?
Mais alors, si construire écolo est synonyme de qualité, pourquoi les entreprises du bâtiment ne le font elles pas davantage ? La réponse est simple profit ou concurrence.
Profit ? Pour les grosses surtout. Leur position dominante leur permet de décrocher les grands marchés. Et là, le béton est roi, c’est tellement facile prendre une montagne, une grosse concasseuse, une vingtaine d’ouvriers sous payés, voire des clandestins pour éviter les cotisations, et produire du granulat ou du ciment sur place. Avec la complicité des élus, il est aisé d’obtenir la construction d’une autoroute, d’une centrale nucléaire, d’un hôpital ou d’un lycée à proximité. Et allons y du béton, du béton, on bétonne à la tonne. Aucun égard pour le site, pas de sécurité du travail, tout au minimum sauf les camions. Enormes bénéfices, cotation en bourse de quoi s’offrir une chaîne de télé ou un réseau téléphonique, puis s’attaquer au mirifique challenge de la mondialisation universelle.
Ou alors c’est le cas du petit artisan. Lui, il doit trouver des clients en permanence parce qu’il n’a pas de trésorerie. S’il ne fait pas son chiffre mensuel, hiver comme été, il coule. %ssure au maximum, il cherche l’oxygène chantiers au noir, appareils d’occasion, matériaux à bas prix. Mais surtout travailler vite et seul, La main d’oeuvre est le poste qui peut le ruiner. Bien sûr, il aimerait embaucher car il est débordé, il a même quelques réserves pour couvrir le risque. Mais les devis vont augmenter et la concurrence sauvage, souvent des débutants prêts à tout, irréalistes parfois, va rafler les contrats. Notre artisan croquera ses économies, retournera à la case départ, licenciera son ouvrier. Encore un peu de malchance et voilà un petit patron à la rue, les travailleurs indépendants n’ayant pas d’assurance chômage, rappelons le.
C’est pourquoi la méthode de construction la plus répandue est toujours la plus rapide. De là découle cette profusion de nouveaux procédés dont on vante des qualités techniques qui n’existent pas, tels le chauffage électrique ou les cloisons de plâtre, quand leur véritable intérêt pour les pros est leur facilité de mise en oeuvre. En effet, s’adapter au client et le suivre dans des considérations de qualité complique le travail. L’artisan cherche à vendre ce qu’il salt faire comme il en a l’habitude, c’est à dire rapidement. Pour le reste, le client n’a qu’à se débrouiller lui même... Et finalement, est ce donc celui qui salt qui fait ou plutôt celui qui fait qui sait ?
À force d’ailleurs, personne ne sait plus rien. Les métiers se perdent, on est plaquiste ou maçon, on n’utilise qu’une seule méthode, on ne fait que du standard, des linteaux en béton armé, pas en chêne, des fermettes préfabriquées en pin pour soutenir un toit et non plus de belles charpentes avec poinçons, arbalétriers, entraits et autres sablières. Aux apprentis d’aujourd’hui, on explique qu’un lavabo sera plus solide s’il est un peu penché vers le mur. Dans les constructions neuves, ils sont tous posés ainsi car moins de réparations sont à prévoir sous garantie décennale. Mais à l’usage l’eau stagne, le lavabo reste sale, le savon mouillé, et le mur grisaille d’humidité. Mors qu’avant,on inclinait plutôt le lavabo vers l’utilisateur, l’eau coulait mieux, il restait sec et propre. Pour le tenir en place, par contre, il fallait le fixer dans un mur solide de pierre ou de briques et prendre le temps d’un scellement lent qui obligeait à revenir après séchage, à faire le travail par étapes. Du temps, du temps... C’est ainsi qu’est apparue une telle variété de matériaux prêts à l’emploi ou manipulables par une personne seule, ces nouveautés, souvent de médiocre qualité, ayant tout de même le mérite de rendre le bricolage accessible à tous et d’être peu onéreuses.
Profit pour les uns et c’est l’impérialisme cimentaire. Concurrence vitale pour les autres et c’est le boulot vite fait, mal fait. Quoiqu’il en soit, on ne construit plus comme par le passé. En conséquence, tout projet d’habitation est un compromis entre des techniques traditionnelles éprouvées, saines et solides, mais nécessitant du temps et de la main d’oeuvre, et des techniques nouvelles, économiques et pratiques, mais polluantes et un peu camelote.
On voit donc à nouveau que construire dans un souci de qualité et de respect écologique va coûter assez cher si l’on passe par les professionnels. La simple brique de terre de nos aïeux, qu’ils fabriquaient faute d’argent, est devenue un produit de luxe à plus d’un euro pièce. De plus, elle est si lourde qu’aucune entreprise ordinaire ne veut encore l’utiliser. Vingt mille briques pour une petite maison, six kilos l’unité et ce sont cent vingt tonnes à transporter, puis à monter pièce à pièce, quelquefois en haut dune échelle. Il faudrait cinq ou six personnes sur ce chantier. Ici, la qualité devient vraiment onéreuse, même si l’on peut compter sur certains facteurs d’amortissement : économies de chauffage ou de crème pour la peau. Il faut donc faire appel à des astuces, trouver des biais, sortir des habitudes des professionnels du bâtiment, même les plus respectueux de la tradition. Et ça, c’est complètement possible...

