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 La qualité, un savoir avant tout

La qualité dans l’habitat, répétons le, est d’abord une question d’information. C’est gratuit et il suffit donc d’en prendre le temps.

L’affaire est de la plus haute importance t Un exemple : la chambre de bébé. A la veille d’une naissance, les parents souhaitent fréquemment aménager une pièce et la rendre coquette pour y accueillir le petit être neuf, fragile, pourvu de quelques décilitres de sang seulement, de poumons diaphanes, d’un système immunitaire débutant, d’organes immatures, d’une peau si fine qu’un souffle la traverse. Catas trophe Installé dans son joli berceau, si bien assorti aux nouveaux rideaux et aux murs repeints, le nouveau né se développe dans les poussières toxiques et les vapeurs de toluène, formaldéhyde et autres produits chimiques employés dans le bâtiment et l’ameublement. Peintures, colles, vernis, apprêts des tissus, anti humidité, traitements du bois, ciments neufs, colles à carreaux, mousses isolantes, champs électromagnétiques issus de la petite lampe ou de l’interphone de veille et parfois aussi insuffisance de lumière ou d’aération, voilà tout ce qu’il faut pour inhiber un rein ou développer des allergies pulmonaires et mettre un bébé en difficulté dès le départ.

Le pire étant que plus le produit est économique, plus il risque d’être nocif. Les matelas et oreillers de mousse de polyuréthane, malsains, sont accessibles au budget d’un jeune ménage, tandis que le futon de laine et latex naturel reste un luxe, sauf à tout calculer et, en particulier, les coûts médicaux à long terme. Chers parents, par pitié, choisissez des écoproduits connus. C’est un peu onéreux peut être, mais le plus cher à vos yeux, c’est votre enfant, non ? Méfiez vous des peintures sans odeur, elles sont souvent encore plus toxiques, et préférez les peintures à la caséine, la chaux en pâte teintée, les revêtements végétaux et tous ces produits sans danger vendus dans les boutiques spécialisées. Pour le mobilier, fréquentez brocantes et vide greniers, rénovez à la cire d’abeille, trouvez de beaux draps anciens, des plumes propres pour les édredons, des matelas de laine sans antimite... Ne plaisantons pas avec ces détails.

Et ce n’est pas vrai que pour les bébés. Nous demeurons dans des bâtiments fermés durant la majeure partie de notre temps, pour habiter, dormir, travailler. On dit même que la maison est notre troisième peau, avec les vêtements et la vraie. Il est donc indispensable que les bâtiments soient sains, naturels, aérés, propres, ouverts au soleil l’été, doudounes l’hiver, qu’ils ne présentent pas de nuisances préjudiciables à notre santé physique et psychologique.

Les procédés techniques actuels génèrent des pollutions insidieuses, parfois invisibles, comme les ondes électromagnétiques des écrans et des lignes électriques, les émanations chimiques du bois ou des peintures, les résidus de combustion atomique dans certains blocs de béton ou certaines laines de verre, les cendres sidérurgiques dans certaines plaques de plâtre, le radon de certains sous sols, etc.

Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, qui diffuse des plaquettes où l’environnement semble devenu un souci majeur, propose pourtant des solutions aberrantes pour réduire les pollutions. On dit recyclage des déchets et ça fait drôlement bien. Mais ce souci de recyclage est en fait la recherche de bons plans pour économiser leur mise en décharge. On élimine donc les déchets ultimes les plus dangereux et encombrants en les dispersant dans les bâtiments.

Des bouteilles en plastique, des mousses de sièges de voi tures, des résidus de plâtre ou de béton, des boues de papeterie, sont incorporés aux matériaux de construction. Est ce écologique tout ça ? Pas vraiment, non !

Les dangers abondent dans le bâtiment moderne et il en va dans ce domaine comme dans celui de l’agroalimentaire, à ceci près que le public est encore moins informé. L’assiette est grand public, tandis que la truelle reste l’affaire des pros. Et l’on découvre chaque jour les conséquences des erreurs commises par ignorance. Elles occasionnent des maladies mortelles chez les professionnels et peuvent avoir de graves conséquences sur les personnes fragiles, les bébés, les personnes âgées. Pour les autres, elles s’ajoutent à tous les empoisonnements à petite dose que nous subissons en mangeant, en conduisant, en travaillant, et dont les effets cumulés commencent à sauter aux yeux des responsables de santé. Voyez l’affaire de l’amiante, elle sera probablement suivie de celle de la laine de verre. Toutes deux auraient pu être évitées si l’information avait toujours été accessible et honnête.

Le présent guide n’a d’ailleurs pas d’autre ambition que de rechercher cette information pour la livrer à tous, le plus précisément et le plus complètement possible, avec l’espoir de faire un petit peu avancer le schmilblick.

Bien sûr, un architecte peut aider à distinguer le bon de ce qui l’est moins. Si toutefois le budget prévu n’impose pas trop ses s, si des choix éclairés peuvent être faits, sans a priori, hors des seuls critères de rentabilité, et à condition de savoir précisément ce que l’on désire et de ne rien ignorer des alternatives possibles.

Le monde du bâtiment constitue une véritable culture, comme la musique ou le cinéma, et pour élaborer un projet sérieux, il faut ouvrir grandes ses oreilles, se documenter à toute occasion et observer. Avec une bonne connaissance et une vraie réflexion, tout sera alors plus facile. Pour l’architecte, le débat pourra s’élever et ses conseils seront plus pertinents il donnera le meilleur de sa compétence.

L’on constate pourtant que la plupart des architectes ont perdu les vieux savoirs intuitifs, ceux qui définissaient l’emplacement d’un bâtiment, par exemple, en fonction de la course du soleil ou du tellurisme local. Autrefois, les maisons n’étaient pas construites au hasard, d’où cette sensation de bien être que l’on trouve dans les vieilles bâtisses. Les Romains faisaient paître un troupeau sur site durant une année et observaient la santé des bêtes avant de s’implanter. On en sacrifiait deux ou trois et si leurs viscères paraissaient anormales, on cherchait un autre lieu pour s’établir. Aujourd’hui, ce sont les géobiologues qui tentent de ressusciter ces connaissances perdues, en utilisant des appareils de mesure contemporains, pour édifier ou améliorer des logements.

 

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