L’individualisation sauve-t-elle la qualité ?
Dans le bâtiment, mêmes tendances, moins lourdes peut être. Est ce d’avoir échappé à la grande distribution ? Le public est il plus exigeant en ce domaine ? Possible, car, on le voit, la maison est une expression individuelle et la clientèle cherche, quand elle en a les moyens, à sortir de la standardisation et à faire des choix personnels. Ici, l’argument de la qualité reprend du poids puisqu’en effet, un projet de construction est une affaire importante et que chacun veut réussir là où il investit tant. L’aspect financier est décisif et nous prenons plus de précautions à acheter une maison ou une voiture, biens durables, qu’une portion de viande ou un film vidéo, périssables et vite disparus.
Durables ? C’est à voir une maison contemporaine sera dégradée en moins de trente ans. Sa durée de vie est prévue pour un cycle, du moment où l’on s’installe en couple jusqu’à celui de la retraite. Viendront ensuite de nouveaux projets de logement, en fonction de la santé, de la proximité des enfants, de la charge d’une habitation devenue trop grande. A chaque période de vie son nid e il est dorénavant normal qu’un logis soit conçu pour l’existence qui y sera menée plus que pour la valeur d’un bien à transmettre.
Autrefois, on créait de grandes bâtisses solides pour une famille de plusieurs générations attachées à la même terre. Il était peu question de goût individuel et les bâtiments répondaient à leur fonction, dans une optique de durée. La ferme grandissait avec les siècles, on utilisait les matériaux locaux, sans danger, beaux et costauds. On pouvait compter sur une main d’oeuvre nombreuse et bon marché. Pour les charpentes, on abattait les arbres à la naissance d’un fils, en fonction de la saison et de la lunaison. Les poutres issues d’un chêne bien récolté sont dures comme l’acier et résistent à tout durant mille ans et plus. Ensuite, on attendait l’âge de la communion pour débiter poutres et planches et celui du mariage, après quinze ans de séchage, pour édifier les premières fermes (le mot ferme désigne les assemblages principaux d’une charpente et, par extension, les bâtiments qui en comportent). Rien à voir avec ces kits de fermettes, très répandus actuellement, qui, gageons le, ne tiendront pas cinquante ans.
Nos modes de vie ont considérablement évolué au siècle dernier, tandis que la construction traditionnelle devenait peu à peu obsolète, dans la mesure où une maison contemporaine n’abrite qu’une seule cellule familiale et ne concrétise les projets que d’un couple. L’abandon progressif d’une vie sociale communautaire, notre individualisme moderne et des réglementations aussi rigoureuses qu’ostraciques poussent aujourd’hui à construire petit, vite et économique.
De surcroît, la spécialisation de chacun d’entre nous dans son activité professionnelle conduit à sous traiter des choses aussi simples que la pose d’une prise de courant ou le creusement d’une petite tranchée. Au coût actuel de la maind’oeuvre, construire revient donc de plus en plus cher. Et les alaires ne pouvant être réduits, on est vite contraint à renoncer à la qualité des appareils et matériaux pour limiter les dépenses. En toute logique, l’accès au logement pour tous passe par la modération des coûts et alors le choix de matériaux à bas prix devient la généralité.
Pour résumer, on voit donc que, d’un côté, chacun essaie de faire au mieux et cela devrait augmenter la qualité globale des bâtiments mais, de l’autre côté, l’utilisation de produits industrialisés dégrade cette même qualité du bâtiment et ce sont finalement des maisons empoisonnées et fragiles qui se répandent partout. Incontournable.., à moins que...

