Esquisses, maquettes et plans
Durant et à la suite de ces débats, il devient indispensable de visualiser les choses avec un peu de précision.
Le plus efficace pour motiver toute la famille étant d’en faire une sorte de jeu de société. On découpe des petits rectangles de carton à l’échelle du cinquantième. Chacun d’entre eux représente les encombrements courants des tables, chaises, baignoire, lavabo, évier, frigo, étagères, armoires, lits, ainsi que les aménagements tels qu’escaliers, cheminée, terrasses. Les calculs sont simples : on multiplie la longueur ou la largeur par deux et on la divise ensuite par cent. Pour comprendre, voyons ce petit tableau :
Créons également des petites bandes de carton qui symboliseront portes et fenêtres. N’oublions pas les volets, indispensables pour déterminer l’espace entre les fenêtres et les coins des pièces. Ajoutons quelques gabarits pour estimer les ouvees,dégagements et circulations nécessaires : passage d’épaules, passage avec des paquets au bout des bras, personne penchée, allongée, etc.
Sur une feuille double, un A3, on pourra facilement disposer ces petits rectangles pour simuler les aménagements possibles selon les désirs et besoins de chacun. Beaucoup de petits problèmes vont se révéler. Concevoir leur solution dans un ensemble évitera des déconvenues ultérieures et permettra même de fignoler des détails qui rendront la vie plus agréable. Est il prévu un espace large et facile à nettoyer pour accueillir ceux qui entrent à la maison ? Une entrée qui ménage l’intimité du domicile en la coupant du regard des inconnus qui arrivent, où l’on puisse se débarrasser de son manteau, mettre des chaussons et poser ses clés. Un autre exemple : où mettra t on le grand miroir en pied ? Si l’on ne s’en préoccupe pas au stade de la conception, il va se retrouver coincé dans un endroit sombre et exigu, alors que l’on peut prévoir sa place près d’une fenêtre et économiser autant d’éclairage électrique.
Ace sujet, on essaiera aussi d’imaginer la course du soleil. On pose deux punaises de part et d’autre de chaque fenêtre et on leur attache un fil de couture assez long. En le tendant, on peut imaginer comment le soleil éclairera l’intérieur de la maison.
À ce stade de la conception, il est intéressant de garder la maquette plane immédiatement accessible sur une table et de s’y référer au cours de sa journée pour voir si ce que l’on est en train de faire a été prévu dans le projet à l’étude ou si l’on peut améliorer le confort en rationalisant les déplacements, en trouvant tout les objets du quotidien sous la main, en évitant d’inutiles salissures. Pour fixer les éléments de la maquette, il existe de la colle repositionnable en bombe qui rend vos petits cartons autocollants, c’est pratique. Pour représenter les cloisons, on peut utiliser des sucres posés sur la tranche. Mais le mieux est d’utiliser de la bande de papier adhésive, le Post it en rouleau, et de couper cette bande aux longueurs désirées.
Autre avantage de la méthode conseillée ici, la maquette libre à plat, est qu’elle évite de se laisser influencer par les chiffres ronds, totalement arbitraires. On commence tout d’abord par estimer la grandeur des espaces de vie, leurs recoins, leurs divisions et leur dégagements. Ici la partie cuisine/séjour, là la partie lavages, de l’autre côté les chambres. Puis on dispose les ouvertures, les circulations, suivies des meubles et équipements. A la fin, il est temps de tracer les murs et si l’un d’entre eux doit mesurer six mètres quarantedeux, ne l’arrondissons pas à six mètres. On part des places où l’on désire se trouver, les centres de gravité de notre vie quotidienne, puis on organise les espaces autour en allant vers la périphérie. Gardons toujours à l’esprit que la maison est faite pour nous, pas le contraire. En jouant librement à concevoir son habitat, en cédant sur le papier à toutes ses caprices, on s’approche sans censure ni timidité de la maison idéale. C’est l’une des meilleures façons de ne pas être déçu par la suite.
Ceci dit, il est parfois intelligent d’arrondir les mesures obtenues en final pour permettre d’employer des éléments de construction aux dimensions standards. C’est la cas pour les portes qu’il est plus simple de prévoir aux dimensions usuelles. Si l’on a choisi de construire en briques d’argile cuites monomur, la hauteur des murs doit correspondre à un nombre entier de rangs de briques. D’ailleurs les fournisseurs de ces briques proposent des règles à calcul ou des tableaux pour connaître le nombre de briques à acheter pour l’ouvrage prévu. De même avec les panneaux de parement intérieur dont la découpe peut être évitée si l’on a prévu des montants aux mêmes largeurs pour les fixer. Arrondir aux normes utiles, en n’allant jamais vers plus petit, permet d’économiser les découpes et de nombreuses heures de travail.
Pour les plus précautionneux, la création d’une maquette en volume donnera sa touche finale à la préparation du projet. En effet, expliquer une maison, c’est forcément en décrire les espaces, raconter ses volumes, pas ses cloisons ni ses murs. En reprenant les cotes de notre maquette plane, il est facile de créer une petite maison en carton blanc très épais, en vente chez les fournisseurs de matériel de dessin, ou bien en balsa, en vente chez les spécialistes du modéle réduit. Pour que la maquette soit jolie et utile, il faut que chaque étage et le toit soient aisément séparables. Ainsi on peut regarder dans la maquette par le dessus et analyser efficacement le résultat de la conception. Ne pas fixer les cloisons trop vite avec de la colle, essayer de découper d’abord tous les éléments, de les faire tenir provisoirement avec des aiguilles ou des trombones. Découper tous les détails possibles, portes, fenêtres, volets. Essayer de faire battre les petites portes comme en vrai pour juger de la facilité des déplacements. Idem pour les fenêtres. Créer les escaliers miniatures avec réalisme et regarder comment les têtes des personnes vont passer le palier, comment on arrive à l’étage. Fabriquer les petits radiateurs si vous avez prévu un chauffage central. Pour les meubles et appareils d’électroménager, il suffira de faire des parallélépipèdes de la bonne taille et de dessiner dessus ce qu’ils sont. Pour figurer les lampes, prendre des perles trouées et les suspendre. Pour les plantes vertes, des branchettes... Quand tous les éléments de la maqueue sont découpés, il est sympa de dessiner dessus des papiers peints, de les rendre vivants avec les rideaux, les miroirs, etc. Pour finir, l’idéal est de figurer le terrain lui même sur une grande plaque en suivant sa forme et ses pentes et d’y implanter la maquette comme prévu pour vérifier son orientation, la disposition des arbres, les talus à rajouter, la validité des accès auto.
Le résultat final d’une belle maquette en volume ravira la famille, qui comprendra bien mieux le projet de cette façon qu’en lisant des plans. On pourra juger de l’effet des choix adoptés. Le petit coin intime du salon n’est il pas finalement trop petit par rapport au salon lui même ? La dénivelée du terrain ne demande t elle pas une ou deux marches à l’intérieur du salon ? Celui ou celle qui fabriquera la maquette aura l’occasion de réfléchir sur le projet et réalisera énormément de choses ce qui se fait en premier, ce qui est modifiable et ce qui ne le sera plus une fois posé, ce qui se salira, et bien d’autres questions.
Et puis, au moment où l’on prend contact avec les artisans ou entreprises qui feront les travaux, l’existence d’une maquette sera un atout car rien ne permet de visualiser aussi bien le projet et cela démontre sa cohérence. Pour faire un devis d’électricité, la présence des petits éléments figurant les points d’éclairages permettra un comptage précis des équipements à acheter et installer. De plus, un professionnel verra tout de suite les problèmes qui peuvent surgir. Avec une maquette en volume, on est sûrs de parler de la même chose, on voit ce dont on discute, on évite les confusions et les quiproquos. C’est très important lorsqu’on ne maîtrise pas toutes les nuances du vocabulaire du bâtiment.
Pour finir, viennent les plans. Leur forme devra être la plus proche possible des conventions habituelles mais mieux vaut toujours joindre la légende utilisée car, si on se trompe de symbole, le professionnel aura une chance de s’en apercevoir. Nous pensons par exemple à la façon dont les plans d’architecte notent l’appareillage électrique ou bien les conduits de fumée ou d’aération.
L’échelle des plans devra être habituelle, c’est à dire le un cinquantième soit deux centimètres pour mètre ou bien, éventuellement, une autre unité très facile à convertir. Les plans ne doivent pas être trop petits car il est judicieux de tout y indiquer : les murs, ouvertures, menuiseries, schéma électrique, plomberie, raccordements, etc. Pour les plans de détail d’une pièce complexe comme la cuisine, l’échelle employée est souvent de cinq centimètres pour un mètre. Pour des objets ondes éléments décoratifs à créer, pièces de bois, moulures, vitraux, marches d’escalier, poignées, points de lumière particuliers ou autre, la grandeur réelle est l’échelle la plus sûre et la plus pratique à utiliser, comme avec un patron de couture.
Il existe des logiciels informatiques pour l’architecture, mais ils coûtent cher, sont longs à connaître et à maîtriser et demandent des micro ordinateurs très puissants. Par contre, des logiciels de dessin un peu complets, avec la possibilité de définir une échelle et d’obtenir les cotes automatiquement, sont des outils parfaitement détoumables vers un tel usage. Créer ses plans avec un ordinateur permet de faire des essais ou de dessiner facilement des modifications sans tout refaire au début. Les dessins à l’ordinateur sont précis et lisibles, parfaitement orthogonaux, faciles à reproduire. Voilà qui est bien utile quand on souhaite garder toute sa liberté de conception.
Les plans sur papier sont assez difficiles à tracer quand on en n’a pas l’habitude. Il faut de l’expérience pour ne pas les cochonner, pour ne rien oublier. C’est parfois si laborieux que l’idée de les reprendre ou de les modifier, décourageante, sera abandonnée. Pourtant, les plans d’une maison étant la base pour le travail de tous, il est indispensable de les fignoler autant qu’il paraît utile.
Le plus sûr finalement, surtout si l’on pense avoir un peu de mal à assurer un suivi constant des travaux, c’est encore de faire exécuter les plans définitifs par un professionnel, agréé ou diplômé en architecture.

