Système Industriel
Le système industriel, dans son addiction au profit, efface les mémoires, uniformise, rentabilise, élimine toute concurrence et rêve de son hégémonie : une foule de clients, ignorante et dépendante, pourvue de bras gauches uniquement, obligée de passer par la consommation et donc le salariat, et redonc par l’industrie qui reprend d’une main ce qu’elle paye de l’autre. Quitte à inventer de faux besoins, comme nous le voyons chaque jour. Un exemple : la lingette.. Parions que nos petits enfants se demanderont qui nous étions au vingtième siècle, sans lingettes, mais pourtant capables de conquérir la Lune.
Nous targuons nous de consommer au minimum, voilà que l’industrie reprend en bourse ou par des plans de sauvetage payés par l’impôt ce que nous avions essayé d’épargner pour l’avenir. Elle se débrouille toujours pour nous vider les poches, que ce soit par des mesures politiques ou en nous vendant ses produits. Des produits dont seule la rentabilité compte, des pompes à capitaux avant tout, machiavéliques outils de la concentration financière. Des produits sans passé et sans valeur, inventés pour dégager des marges, éliminer de la main d’oeuvre et tenir dix ans tout juste. Produits toxiques bien souvent, mortels quelquefois, qui n’apportent aucun progrès en termes de bien être et de santé, bien au contraire.
Voyons, par exemple, comment les choses se sont passées pour l’industrie pharmaceutique. Avant, chacun pouvait utiliser les recettes traditionnelles, souvent très efficaces, concoctées par tous avec des plantes gratuites. Au Moyen Age, les incendies étaient fréquents et on sait que des remèdes étaient même capables de faire disparaître toute cicatrice de brûlure. Seul nécessité : s’y connaître. Et là, les industriels ont tout changé. D’abord rendre ignorant : on s’approche du pouvoir, on soutient quelques députés qui voteront des lois de complaisance et le tour est joué : 1942, interdiction de l’enseignement en phytothérapie. Et puisque l’on est sous Pétain, on crée un Ordre des pharmaciens, pouvoir d’exception pour échapper aux exigences de la démocratie. Les élites réactionnaires de l’époque, très gynophobes, transforment sémantiquement les recettes de bonne fame, c’est à dire de bonne reputation, en remèdes de bonne femme, ésotériques et méprisables. Puis on commercialise l’aspirine issue de laspirée, la pénicilline là où les Celtes utilisaient du fromage bleu, et beaucoup d’autres médicaments, soi disant nouveaux. Une véritable imposture. Et de fil en aiguille,en découle la privatisation du vivant, la reproduction contrôlée, le clonage et la sélection, toutes choses effrayantes dans leur modernité, au secret des labos.
L’industrialisation, c’est privatiser les savoirs et les procédés, tailler des marchés de masse, avec l’aide d’hommes politiques si besoin, produire en série, serrer les coûts, éliminer toute alternative, s’assurer du renouvellement des achats en produisant du prévu pour casser, automatiser et stabiliser le tout enjouant sur la dernière variable ajustable, le salaire des employés. Fabriquer au moindre coût pour passer sous les tarifs de la concurrence, ce facteur étant primordial pour l’acheteur.
À qualité égale, ce dernier choisira immanquablement le produit le moins cher, le problème résidant précisément dans l’idée de qualité égale. Qui en est juge ? Le consommateur ? Comment le pourrait il puisqu’il a été rendu ignorant ? Le professionnel ? Nous verrons plus loin le dilemme auquel il est confronté et qui conditionne ses achats. Le fabricant ? Comment y croire ? Les labos ? Leurs études sont payées par les fabricants... L’État ? Nous venons de voir qu’il suffit d’un bon lobbying parlementaire pour que les lois adaptent le monde aux industriels. Seule. la recherche fondamentale est capable de générer de vrais progrès techniques alors que, sans véritable contrôle des autorités, certains fabricants sans scrupules vont jusqu’à annoncer dans leur publicité de fausses performances issues de mesures fantaisistes. La puissance d’un système de chauffage, par exemple, se définit par des chiffres dont aucun ne renseigne vraiment sur le résultat final. Bref, on embrouille le consommateur pour qu’il finisse par penser que l’industrie fait toujours mieux et moins cher, alors qu’ici comme ailleurs, les stratégies répondent à la volonté de conquête des marchés et d’accroissement des dividendes. De belles marges et une clientèle mondiale, voilà l’objectif principal, et avoué, de l’industrie capitaliste, elle que nous refusons ici de qualifier de libérale. L’argent se moque de l’être humain. Voilà, c’est dit !
Pour appuyer notre démonstration, nous poumons tout autant évoquer l’industrialisation de l’agriculture mais ce serait s’imposer une nouvelle allergie neuronale. Parce que là, c’est vraiment trop pire et on va éviter d’en parler tout de suite pour ne pas sombrer dans la dépression...

